
En pleine pénurie de main-d’œuvre dans les soins, l’éducation et l’accompagnement social, divers cantons préparent des coupes budgétaires dans ces domaines. C’est le cas à Fribourg, où le Conseil d’État veut « économiser » 405 millions de francs sur 2 ans à travers la PAFE et la LAFE, le programme d’assainissement des finances de l’État et la loi correspondante. Et ceci dans un contexte où les collectivités publiques coûtent nettement moins cher aux habitant-es du canton de Fribourg en comparaison avec les autres cantons.
Une péjoration nette dans les soins
« La LAFE entraîne une dégradation des conditions de travail des infirmier-ères ainsi que de tout le personnel de santé », explique Émilie Risse, responsable cantonale du bureau d’alliance care Fribourg, à « direct ». La non-indexation des salaires et le report de l’augmentation salariale renforcent le sentiment de ne pas être reconnu par l’État, ajoute l’experte en soins intensifs. « Dans un contexte de pénurie, cela favorise l’épuisement et les départs, aggravant encore le manque de personnel. »
C’est une mauvaise nouvelle pour la population au sens plus large : s’il y a moins de personnel soignant, chaque patient-e potentiel-le risque d’avoir un suivi moins attentif. « Les conséquences sont directes : baisse de la qualité des soins et de la sécurité des patients-es, avec des risques accrus de complications et d’augmentation de la mortalité », décrit Émilie Risse.
En d’autres mots : la LAFE met directement la vie des Fribourgeois-es en danger.
Des coupes au détriment des enfants
Dans le domaine de l’éducation et du travail social aussi, les travailleur-euses s’attendent au pire. Neuza Ferreira, militante pour le syndicat du personnel des services publics et intervenante en protection de l’enfance, trouve des mots clairs : « Ce qui m’inquiète le plus dans mon quotidien, c’est ce que la vision globale implique. Une politique d’austérité sur un système des services publics qui dysfonctionne déjà à cause du manque de moyens actuels. »
Actuellement, le canton de Fribourg peine à offrir suffisamment de places de foyers, d’aides éducatives à domicile, des soins pédopsychiatriques et des mesures pour l’école inclusive. Neuza Ferreira mentionne également « des dotations en personnel d’accompagnement insuffisantes » accompagné d’un grand turnover du personnel. Car cela fait longtemps que le Conseil d’État refuse d’investir dans le Service de l’enfance et de la jeunesse — au détriment des enfants et du personnel.
« Sans oublier que Fribourg est un canton bilingue, et qu’il y a une grande difficulté à embaucher des professionnel-les germanophones », ajoute-t-elle. « Elles et ils ne sont ni attiré-es par les conditions de travail ni par les salaires dans le canton de Fribourg. » Cela prive les enfants germanophones d’accès à des prestations importantes.
Concrètement, la LAFE augmentera la charge financière des communes pour l’accueil extrascolaire et les crèches, dit Neuza Ferreira. Cela impliquera une augmentation des coûts pour les parents. Mais au-delà des dépenses individuelles, la syndicaliste craint que le gouvernement se sente légitimé de « poursuivre cette politique d’austérité » si la LAFE était approuvée. « Pour mes collègues et moi, les conséquences seront multiples, nous qui fonctionnons et parlons à des services publics à bout de souffle », conclut-elle.
Certaines mesures dans le PAFE nécessitent un changement de loi. C’est sur ces changements que la population fribourgeoise votera le 26 avril : parmi les mesures incluses dans LAFE figurent le renoncement à l’indexation des salaires du personnel de l’État et le retardement des augmentations de salaire. Cela touche entre autres directement le personnel de santé et les éducateur-trices et impacterai la qualité des prestations. Les mesures du PAFE qui ne nécessitent pas de modifications légales peuvent être appliquées directement par le Conseil d’État.
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