Contraception gratuite : une question d’égalité

En Suisse, les femmes paient encore seules leur contraception — un fardeau qui creuse les inégalités de genre et frappe en priorité les plus précaires. Le 27 septembre, les Genevois-es voteront sur une initiative du Parti socialiste visant à rendre la contraception entièrement gratuite. L’objectif : faire de la santé sexuelle un droit effectif, pas un privilège de revenus.

Gros plan sur les mains d'une personne tenant plusieurs instruments médicaux fins et allongés devant un mur en béton clair. On distingue un dispositif en forme de T avec des extrémités rouges (ressemblant à un stérilet), ainsi que deux tiges graduées, dont une avec une pointe arrondie transparente à son extrémité.
Image : Unsplash

Les femmes assument encore aujourd’hui la quasi-totalité des frais de contraception. Cette situation augmente le nombre de grossesses non désirées et met en danger les femmes, en particulier les plus précaires.

Partant de ce constat, le Parti socialiste genevois a lancé une initiative sur laquelle les Genevois-es voteront le dimanche 27 septembre. La gratuité de la contraception permettrait avant tout de rattraper un retard de l’assurance maladie sociale (LAMal). En Suisse, l’assurance de base présente en effet de nombreuses lacunes, notamment en matière de santé sexuelle.

Égaliser les responsabilités

La responsabilité pour la contraception entraine des coûts très concrets, et inégaux selon les méthodes. Le prix de la pilule contraceptive oscille entre 6 et 50 francs par mois, tandis que la pose d’un stérilet ou d’un implant se situe entre 300 et 700 francs. Or, ce sont justement ces méthodes de longue durée qui évitent le plus efficacement les grossesses non désirées.

Ce coût d’entrée plus élevé a un effet de classe évident. Plusieurs analyses montrent que les femmes les plus précaires renoncent proportionnellement bien plus souvent à la contraception – et plus encore aux méthodes longue durée, pourtant les plus fiables.

La contraception a longtemps représenté le symbole par excellence de la libération des femmes : grâce à la pilule, celles-ci pouvaient enfin choisir quand et si elles voulaient tomber enceintes. Mais aujourd’hui, cette liberté reste conditionnée à leur pouvoir d’achat. Cette individualisation les rend, financièrement et socialement, seules responsables de leur grossesse, qu’elles n’ont pourtant pas toujours eu les moyens d’éviter. Malheureusement, avoir des enfants demeure l’un des plus grands risques de pauvreté pour les femmes.

Renforcer la planification à long terme

La collectivisation permettrait d’une part de partager la responsabilité entre femmes et hommes, mais aussi de soulager le pouvoir d’achat d’une partie des Genevoises. C’est un enjeu important aussi pour les femmes migrantes et sans papier pour qui, comme le démontre une étude de l’université de Neuchâtel, le coût de la contraception est un des principaux freins à s’en procurer. Aussi, cela permettrait aux femmes de choisir la contraception qu’elles estiment la meilleure pour leur santé (et non pour leur portemonnaie).

Une étude de l’université de Washington démontre que lorsque les femmes ont accès gratuitement à une gamme complète de méthodes contraceptives, elles optent plus souvent pour des méthodes à long terme, comme les dispositifs intra-utérins (stérilets) et les implants. L’étude a ainsi révélé une réduction significative des taux de grossesses non désirées et d’interruption volontaire de grossesses (IVG). C’est par ailleurs à Genève que les IVG sont le plus fréquents.

Rendre la contraception gratuite à Genève, cela pourrait réparer une double injustice : une charge supportée presque exclusivement par les femmes, et un accès à la santé sexuelle conditionné par le revenu. Garantir un droit universel et effectif à la contraception, c’est une condition concrète de l’égalité entre les sexes et entre les classes.

lbr


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