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Pride à Budapest : « Cette année, c’était une fête pour tous-tes celles et ceux qui ont fait preuve de résilience »

Viktor Orbán a imposé une politique anti-LGBTQIA+ brutale. Avec sa défaite électorale, les manifestations de la Pride sont redevenues légales. Qu’est-ce que cela signifie pour le militantisme queer en Europe ? Deux membres du PS queer étaient sur place.

Montage photo montrant au premier plan deux femmes détourées avec un contour blanc : à gauche une femme aux longs cheveux blonds portant une veste en cuir noire, à droite une femme aux cheveux courts et lunettes, souriante, en t-shirt noir. En arrière-plan, une foule de personnes participant à une marche des fiertés (Pride) déploie un grand drapeau arc-en-ciel dans une rue.
Jasmin Bärstschi et Wanda Siegfried (de gauche à droite). Images : mise à disposition/Aleksandra Zdravkovic/keystone/EPA MTI/Zoltan Kocsis

« direct » : Jasmin Bärtschi et Wanda Siegfried, vous étiez toutes les deux à la Pride de Budapest. Quelle était l’ambiance ?

Jasmin Bärtschi : On avait vraiment l’impression de vivre un moment historique. L’ambiance était très bonne et festive, je me suis sentie en totale sécurité. C’est d’autant plus réjouissant que l’année dernière, les gens participaient encore à la Pride avec une certaine appréhension. Cette année, en revanche, on ressentait une véritable détente. J’ai eu l’impression que les participant-es étaient très soulagé-es et heureux-ses de pouvoir désormais participer à une manifestation de la Pride sans avoir à craindre de répression.

« Pour moi, il était important de participer, car je suis convaincue que nous devons célébrer nos succès… La Pride de cette année était donc aussi une fête pour célébrer les efforts de tous ceux qui ont fait preuve de résilience »

« direct » : Vous avez été invitées par Rainbow Rose, l’organisation queer des partis sociaux-démocrates d’Europe. Pourquoi était-il important pour vous d’y participer ?

Wanda Siegfried : D’une part, parce que le réseau international est extrêmement important. Les réseaux de droite sont actuellement très puissants et se connectent à l’échelle européenne. En tant que gauche, nous devons également pouvoir y opposer quelque chose. D’autre part, je crois aussi que nous pouvons toujours apprendre les uns des autres. Nous l’avons encore constaté lors de notre visite en Hongrie. C’était très intéressant de voir à quel point nous sommes tous confrontés à des enjeux similaires — bien sûr à des niveaux et selon des points de départ différents. Beaucoup sont déjà plus avancés que nous en Suisse.

Jasmin Bärtschi : Pour moi, il était important de participer, car je suis convaincue que nous devons célébrer nos succès. La Pride 2025 à Budapest a été un événement où la solidarité internationale s’est manifestée. Elle a pris une telle ampleur parce que la résistance hongroise contre Viktor Orbán s’est organisée, mais aussi parce que Rainbow Rose et d’autres réseaux de gauche ont coordonné la participation de parlementaires de différents pays. La Pride de cette année était donc aussi une fête pour célébrer les efforts de tous ceux qui ont fait preuve de résilience.

« direct » : Les militant-es sur place ont-iels également abordé la situation actuelle en Hongrie avec le nouveau Premier ministre Péter Magyar ? Il n’a, par exemple, pas encore abrogé la loi anti-LGBTQIA+ datant de l’ère Orbán.

Jasmin Bärtschi : Brièvement, mais pas lors de la Pride elle-même, plutôt lors d’un atelier organisé par Rainbow Rose. Et oui, c’était un peu décevant. Le Premier ministre actuel n’est pas un grand libéral, mais plutôt un nationaliste. D’après ce que j’ai compris, il ne s’intéresse guère à la communauté LGBTQIA+. Par exemple, lors d’un discours au Parlement, Péter Magyar a demandé : « Préférez-vous qu’un enfant placé en famille d’accueil grandisse dans une famille violente ou chez des personnes queer ? » C’est sans doute la chose la plus favorable aux personnes queer qu’il puisse dire.

« Il est évident que les personnes trans, en particulier, sont très fortement prises pour cible et que la situation devient dangereuse pour elles. Nous devons continuer à formuler des revendications politiques afin de garantir leur sécurité et la nôtre »

Wanda Siegfried : Nous étions également invitées à la réception organisée par le maire de Budapest, Gergely Karácsony. Il m’a fait une très bonne impression. En 2025, il a pris la défense des personnes queer en déclarant : « Cette Pride aura lieu dans notre ville. » Cette Pride est devenue bien plus qu’une manifestation queer : c’était une manifestation féministe, pro-migrante-s — en réalité, une manifestation anti-Orbán.

« direct » : En Suisse aussi, on ressent le retour de bâton de la droite contre les droits des personnes queer. Des sondages sont régulièrement publiés qui montrent que l’acceptation des personnes LGBTQIA+ est en recul. Qu’est-ce que cela suscite chez vous ?

Wanda Siegfried : En réalité, ce contrecoup n’existe que parce qu’il y a de la visibilité et des progrès. En ce sens, il y a aussi un peu d’espoir, car nous avons obtenu des améliorations de haute lutte. Mais en même temps, il est évident que les personnes trans, en particulier, sont très fortement prises pour cible et que la situation devient dangereuse pour elles. Nous devons continuer à formuler des revendications politiques afin de garantir leur sécurité et la nôtre, et, en fin de compte, de garantir les droits humains des personnes queer.

Jasmin Bärtschi : Le retour de bâton me fait certes peur, mais il a toujours existé. Les personnes qui étaient déjà des militant-es queer pendant la crise du sida sont moins alarmées, car elles ont déjà traversé cela tant de fois. Et pourtant, il faut le dire : la communauté queer perd toujours beaucoup de personnes dans de telles périodes. C’est pourquoi je trouve vraiment inquiétant, en ce moment, que les jeunes, et en particulier les jeunes hommes, deviennent plus conservateurs. Les effets se font directement sentir : on constate notamment une augmentation des crimes de haine signalés à la ligne d’assistance LGBTQIA+. Cela est lié aux partis d’extrême droite, qui attisent les discours haineux en ciblant les groupes les plus vulnérables. Aujourd’hui, ce sont surtout les personnes trans. Nous constatons que les discours transphobes sont profondément ancrés dans la population ; le dernier exemple en date est l’incident survenu à la piscine Marzili de Berne.

« Que les personnes trans existent ou non n’a aucune incidence sur ton loyer ou sur le prix des denrées alimentaires. Ce qui a en revanche détérioré la vie des Hongrois-es, c’est la corruption et la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine »

Wanda Siegfried : L’exemple de la Pride en Hongrie montre toutefois qu’il n’y a pas que des reculs. Cela me donne de l’espoir.

Jasmin Bärtschi : Oui, bien sûr. Et il va sans dire que ce serait mieux s’ils avaient aujourd’hui un Premier ministre de gauche. Mais au moins, les personnes queer ne sont plus les boucs émissaires ni l’ennemi numéro un. Je salue le fait que la population hongroise ait compris cela. Que les personnes trans existent ou non n’a aucune incidence sur ton loyer ou sur le prix des denrées alimentaires. Ce qui a en revanche détérioré la vie des Hongrois-es, c’est la corruption et la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.

« direct » : Comment vivez-vous la coopération européenne avec d’autres militant-es queer ?

Jasmin Bärtschi : C’est très passionnant d’échanger sur nos points communs et de comparer les cadres juridiques des différents pays. Par exemple, les Pays-Bas sont bien plus avancés que la Suisse en matière de placement d’enfants, de droits à l’adoption et d’insémination artificielle. Et puis, deux personnes ayant fui la Biélorussie étaient également présentes : en avril, Loukachenko a promulgué sa loi la plus homophobe à ce jour, qui interdit la soi-disant « propagande » en faveur de l’absence d’enfants, mais aussi de l’homosexualité et de la transidentité, au nom de la protection des « valeurs traditionnelles ». Les femmes biélorusses risquent donc la prison si elles déclarent publiquement : « Je ne souhaite pas avoir d’enfants. » Cela montre également comment fonctionne la spirale répressive de la droite : on commence par opprimer les personnes trans, puis viennent les autres personnes queer, puis les femmes cis.

Wanda Siegfried : Nous avons également assisté à une intervention passionnante d’un militant français qui a déposé une initiative citoyenne européenne visant à interdire les « thérapies de conversion ». Ces mesures sont censées « guérir » les personnes queer. J’ai trouvé cela passionnant, car ce travail politique présente de grandes similitudes avec le système de démocratie directe suisse.

« Une interdiction des mesures de conversion à l’échelle de l’UE aurait un effet positif direct sur la sécurité de toutes les personnes queer. En France, Elles sont interdites, mais les personnes qui habitent près de la frontière suisse sont alors simplement envoyées en Suisse romande pour subir cette torture »

Jasmin Bärtschi : Pour moi aussi, c’était très intéressant, car l’interdiction des thérapies de conversion dans le canton de Zurich n’a été débattue qu’en 2025. Au cours du débat, on a toujours entendu dire qu’une réglementation nationale était nécessaire, que le canton ne pouvait pas agir seul. La Confédération, quant à elle, a déclaré qu’elle se référait aux directives de l’UE. Cela signifie qu’une interdiction à l’échelle de l’UE, comme le réclame le militant français, aurait un effet positif direct sur la sécurité de toutes les personnes queer. En France, par exemple, les mesures de conversion sont interdites, mais les personnes qui habitent près de la frontière suisse sont alors simplement envoyées en Suisse romande pour subir cette torture. Cela montre une fois de plus de manière frappante que la Suisse n’est pas une île.

eje


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