« direct » : La 13e rente AVS doit être financée par une augmentation modérée de la TVA. Pourquoi les électeur-ices devraient-ils approuver ce projet ?
Daniel Lampart : Alors que les cotisations des caisses de retraite ont baissé, les rentes augmentent enfin à nouveau grâce à cette rente supplémentaire. Mais cela a un coût : la 13e rente AVS représente après tout une augmentation de plus de 8 % des rentes. Une grande partie de ces dépenses supplémentaires doit désormais être financée par la hausse de la TVA ; cela stabilise l’AVS, empêche les diminutions de rentes ou les augmentations de l’âge de la retraite.
« Malgré la volonté du peuple, l’UDC et le PLR remettent en cause la 13e rente AVS en cherchant à empêcher un financement stable »
« direct » : L’UDC et le PLR s’opposent au financement de la 13e rente AVS. Comment expliquez-vous cette opposition ?
Daniel Lampart : Ces deux partis sont frustrés d’avoir perdu le vote sur l’initiative. Je pensais que cette frustration s’estomperait au bout d’un an, mais cela n’a pas été le cas. À ce jour, malgré la volonté du peuple, l’UDC et le PLR remettent en cause la 13e rente AVS en cherchant à empêcher un financement stable. Ils exercent ainsi une pression sur les prestations de l’AVS, ce qui joue naturellement en faveur de leur objectif d’un relèvement de l’âge de la retraite.
« direct » : Quelles sont les conséquences de l’augmentation de la TVA pour les personnes à faibles et moyens revenus ?
Daniel Lampart : Les personnes qui consomment davantage paient plus de TVA. Il en va de même pour les touristes issu-es de l’étranger. Les personnes à faibles et moyens revenus paieront entre 70 et 110 francs par an. En contrepartie, elles perçoivent une 13ee rente de 2 000 francs. Un financement de la 13e rente par le biais d’une augmentation des cotisations salariales reviendrait à peu près à la même charge pour ce groupe. Toutefois, il est vrai que des personnes telles que Sergio Ermotti, le chef d’UBS, sont moins lourdement imposées par une augmentation de la TVA que par celle des cotisations salariales. En contrepartie, la place financière prend en charge 10 % de la TVA liée à l’AVS. C’est avantageux, parce que les opérations bancaires ne sont pas soumises à la TVA. Ce sont donc les banques, et non les client-es, qui la paient.
« Je doute fort que le Conseil fédéral et le Parlement élaborent un projet qui nous convienne davantage que l’augmentation de la TVA. »
« direct » : Une hausse de la TVA entraînera-t-elle une augmentation du prix de tous les biens de première nécessité ?
Daniel Lampart : Non, seul le taux normal passera de 8,1 % à 8,5 %. Le taux de TVA applicable aux biens de première nécessité, tels que les denrées alimentaires et les médicaments, ne sera pas augmenté. Les loyers et les primes d’assurance-maladie ne sont également pas concernés.
« direct » : Quelle serait la conséquence si le financement de la 13e rente AVS était rejeté ?
Daniel Lampart : Avec la 13e rente AVS, qui sera versée à partir de décembre 2026, les dépenses de l’AVS augmenteront immédiatement de plus de 8 %. Comme le vieillissement de la population se poursuit, l’AVS se retrouverait bientôt en déficit. Dès 2030, la situation pourrait devenir critique. Je doute fort que le Conseil fédéral et le Parlement élaborent un projet qui nous convienne davantage que l’augmentation de la TVA. Je crains plutôt que les retraites ne soient mises sous pression. En d’autres termes : non seulement le relèvement de l’âge de la retraite redeviendrait un débat politique, mais l’augmentation de l’AVS prévue par la loi pourrait également être prise pour cible par les partis bourgeois. Lorsque la situation financière de l’AVS devient tendue, cela aide toujours celles et ceux qui souhaitent réduire les prestations.
« L’augmentation de la TVA n’était certes pas la solution idéale, mais elle ne coûtera qu’environ 6 à 10 francs par mois à chaque personne. En contrepartie, chaque retraité-e recevra une 13e rente AVS de 2 000 francs »
« direct » : Que répondez-vous aux détracteur-ices issus de vos propres rangs concernant le financement par la TVA ?
Daniel Lampart : L’AVS avait déjà été réclamée lors de la grève nationale de 1918. Après 30 ans de lutte acharnée, elle a finalement été mise en place et n’a cessé depuis d’être remise en cause par le centre-droit. L’augmentation de la TVA n’était certes pas la solution idéale, mais elle ne coûtera qu’environ 6 à 10 francs par mois à chaque personne. En contrepartie, chaque retraité-e recevra une 13e rente AVS de 2 000 francs. Ce calcul montre qu’il s’agit d’un rapport coût-efficacité imbattable.
jsc


