Oriane Sarrasin : « Climat : N’opposons pas les générations entre elles ! »

Entre les clichés intergénérationnels et une réalité plus nuancée, une chose se dégage des études sur la question des générations : l’empathie entre générations est un moteur d’action climatique bien plus puissant que la culpabilisation, écrit Oriane Sarrasin dans sa chronique.

Photographie en noir et blanc de plusieurs mains d’adultes et d’un enfant posées sur une table, avec au premier plan une femme souriante portant des lunettes, un blazer noir et un haut turquoise, détourée avec un contour blanc.
Images : mise à disposition/Unsplash

Les crises environnementales, c’est avant tout une histoire d’inégalités. Certains groupes — que ce soient des pays ou des classes sociales (dans les deux cas, les plus riches) — contribuent davantage que d’autres aux problèmes, et d’autres en subissent davantage les conséquences. Qu’en est-il des différentes générations ? Des jeunes qui font la morale, mais qui prennent l’avion comme on prenait le train il y a 50 ans ? Face à des boomers qui ont tout gâché ? Et au-delà des clichés, y a-t-il du ressentiment et de l’incompréhension entre les générations ?

Passé, présent et futur

De manière générale, même si elles restent extrêmement trop élevées, les émissions de gaz à effet de serre diminuent en Suisse, alors que la population augmente. Ainsi, l’empreinte carbone moyenne d’une personne qui avait 40 ans dans les années 1990 était plus élevée que celle d’une personne du même âge une trentaine d’années plus tard. Malgré cela, les émissions s’accumulant dans l’atmosphère, nous faisons actuellement l’expérience de conséquences croissantes du changement climatique, comme l’attestent la terrible crue au Népal et en Chine ainsi que l’été caniculaire de cette année. Dans ce dernier cas, les statistiques montrent clairement que les plus de 75 ans sont nettement surreprésenté-es parmi les décès dus à la chaleur.

« Face à ces différentes réalités — passées, présentes et futures, comment réagissent les différentes générations ? La recherche montre que la réalité est bien plus complexe que les clichés souvent véhiculés »

Quant au futur, l’année 2026 n’est qu’un avant-goût de ce qui sera bientôt la norme. Et quoi qu’on fasse, les conséquences des crises environnementales vont s’empirer pendant plusieurs dizaines d’années. Les enfants de maintenant, et à venir, vont donc devoir survivre dans un monde de moins en moins habitable. Face à ces différentes réalités — passées, présentes et futures, comment réagissent les différentes générations ? La recherche montre que la réalité est bien plus complexe que les clichés souvent véhiculés.

Les différentes générations face aux crises environnementales

Face à un climat déréglé et à une biodiversité qui s’effondre, les émotions sont parfois vives. On sait de larges études qu’à travers le monde les moins de 25 ans reportent des niveaux élevés d’inquiétude. Toutes les générations sont concernées par ces craintes ; elles semblent néanmoins être plus marquées chez les plus jeunes. Au contraire, en termes d’attitudes, comme le fait de nier le changement climatique, les divergences intergénérationnelles sont moins marquées. Et même quand elles existent, ces divergences sont entre autres expliquées par des niveaux de conservatisme moyens plus élevés chez les plus âgé-es. De plus, si l’on considère des senior-es engagé-es pour le climat, les dynamiques sont semblables que celles observées chez des plus jeunes. Paradoxalement, le tableau diffère fortement lorsque l’on examine les comportements, avec plus d’émissions de carbone chez les plus jeunes.

« Des différences entre générations existent donc, mais moins marquées qu’on le pense généralement. Cela crée-t-il néanmoins une forme de ressentiment intergénérationnel ? Les rares études qui se sont penchées sur le sujet semblent indiquer que non »

Dans une étude de l’EPFZ relayée par Le Temps, on voit que l’empreinte moyenne des 18-29 ans est plus élevée d’environ deux tonnes de carbone que celle des plus de 65 ans, notamment car cette dernière catégorie se déplace moins en moyenne. À noter que dans tous les cas, l’empreinte moyenne est environ 10 fois trop élevée si l’objectif — de plus en plus intenable — reste de respecter les Accords de Paris.

Ressentiment ou compassion ?

Des différences entre générations existent donc, mais moins marquées qu’on le pense généralement. Cela crée-t-il néanmoins une forme de ressentiment intergénérationnel ? Les rares études qui se sont penchées sur le sujet semblent indiquer que non. Lorsque l’on a invité les élèves d’un gymnase suisse à évaluer dans quelle mesure il était de la responsabilité de leur génération, de celle de leurs parents et de celle de leurs grands-parents d’agir pour le climat, aucune opposition n’est ressortie des analyses.

« Ce qui a plus provoqué un soutien aux politiques publiques pour l’environnement, c’était de demander d’écrire une lettre à un enfant de sa connaissance […]. Un message pour lui expliquer ce que l’on fait maintenant, pour son futur »

Bien au contraire, les jeunes ont eu tendance à attribuer la responsabilité à tout le monde, ou à personne. Dans des entretiens effectués avec des activistes à travers le monde, c’est un sentiment de compassion et de bienveillance entre les générations qui a été mis en avant : les plus jeunes reconnaissant-es entre autres de la transmission d’informations, et les plus âgé-es demandant de l’empathie et de la compréhension.

Cette capacité d’empathie pour les autres générations, on la retrouve au cœur de l’action climatique. Dans une étude menée dans 63 pays, onze manières de convaincre pour agir ont été comparées. Plus que par exemple rappeler que le changement climatique c’est ici et maintenant, ce qui a plus provoqué un soutien aux politiques publiques pour l’environnement, c’était de demander d’écrire une lettre à un enfant de sa connaissance (à noter que la lettre n’était pas réellement envoyée). Un message pour lui expliquer ce que l’on fait maintenant, pour son futur. Mettre les générations face à face ne pourrait donc n’être qu’une technique pour mieux continuer à polluer et détruire le monde en toute impunité. Apprenons du passé, allons de l’avant et réduisons individuellement et collectivement notre empreinte sur le monde.

Rédigé sans IA générative

Adapté d’une présentation donnée au 7ème Colloque national spécialisé GERONTOLOGIE CH « Rester cool face au changement climatique — une question brûlante en regard du vieillissement ».

Oriane Sarrasin est enseignante et chercheuse en psychologie sociale. Ses recherches portent sur les aspects psychologiques sous-tendant l’(in)action climatique, et la manière dont les individus peuvent être persuadés d’agir davantage. Elle est également députée socialiste au Grand Conseil vaudois et présidente du PS du canton de Vaud.

Cette chronique est une « carte blanche » et reflète l’opinion de son autrice.


1 COMMENTAIRE

  1. TRES INTERRESSANT. L’Avivo a fait une enquête au gymnase de Morges sur ce sujet.

    Hélas Oriane est trop occupée. Elle ne répond à aucune de mes lettres…

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