La Malaisie produit 39 % de l’huile de palme consommée dans le monde. Et la Suisse en est une acheteuse importante : elle importe, selon les estimations, entre 55 000 et 115 000 tonnes d’huile de palme par an pour son industrie. Or, les droits de douane sur les importations d’huile de palme en provenance de Malaisie devraient désormais baisser ; c’est là l’élément central du nouvel accord de libre-échange entre les États de l’AELE et ce pays d’Asie du Sud-Est.
Une large alliance a désormais lancé un référendum contre cet accord. La raison : celui-ci ne prévoit aucune mesure d’accompagnement qui interdirait l’importation de produits issus du travail forcé et de conditions de travail abusives. À titre de comparaison, l’UE, les États-Unis et le Royaume-Uni disposent de réglementations en la matière.
Travail forcé et exploitation
La majorité des travailleurs et travailleuses des plantations de palme à huile malaisiennes viennent de l’étranger, plus précisément d’Indonésie. La plupart d’entre eux souffrent de conditions de travail précaires, selon Solidar Suisse. Cette ONG mène des projets sur place. Dans la province de Sabah, où sont cultivés 9 % de l’huile de palme consommée dans le monde, le travail forcé est très répandu.
« Les autorités de Sabah ne délivrent qu’une fraction des permis de travail nécessaires ; le reste des migrant-es et leurs familles travaillent illégalement », indique l’organisation. La crainte d’une expulsion est utilisée comme moyen de pression : les travailleur-euses migrant-es sont privé-es de leurs droits, perçoivent des salaires bien trop bas et travaillent dans des conditions dangereuses.
Selon un rapport de Solidar, des enseignants locaux affirment connaître des enfants qui travaillent déjà dans les plantations aux côtés de leurs parents. « Les enfants effectuent ainsi les mêmes tâches que leurs mères : épandre de l’engrais, pulvériser des pesticides, désherber et ramasser les fruits tombés », indique le document. Le fait que les enfants soient contraints de travailler serait dû à l’exploitation et à la pauvreté de leurs parents, qui résultent des bas salaires et du contrôle exercé par l’employeur, constate Solidar. Un nouveau rapport confirme ces conclusions.
La Suisse « du mauvais côté de l’histoire »
Certes, le Conseil fédéral évoque des « mesures d’accompagnement fortes » dans le cadre de l’accord de libre-échange avec la Malaisie. Les parties contractantes se seraient engagées à « respecter les droits fondamentaux des travailleurs — y compris l’interdiction du travail forcé et du travail des enfants ». Les États de l’AELE et la Malaisie devraient en outre prendre « des mesures visant à garantir des conditions de travail dignes pour tous ».
Une minorité composée de membres des Vert-es et du PS au Conseil national souhaitait renvoyer l’accord à l’expéditeur afin, entre autres, d’améliorer la protection des travailleurs et travailleuses. Lors du vote du Conseil national sur cette question, le conseiller fédéral en charge du dossier, Guy Parmelin, a éludé à plusieurs reprises les questions relatives au travail forcé et à l’esclavage moderne.
Si les promesses faites dans l’accord ne sont pas tenues, toute une série de mécanismes sera activée, a déclaré Guy Parmelin. Des comités mixtes, des contrôles et des discussions sont prévus. « Si, en dernier recours, il ne devait pas y avoir de réussite ou si on constate qu’on n’arrive pas à faire respecter certains standards, alors le panel d’experts [sic !] est là pour faire cette enquête et livrer un rapport public. »
Un rapport public : voilà donc ce que le Conseil fédéral considère comme une « mesure d’accompagnement forte » pour garantir que personne ne soit réduit en esclavage dans les plantations de palmiers à huile malaisiennes.
Or, un rapport ne peut empêcher que de l’huile de palme récoltée par le travail forcé se retrouve dans les supermarchés suisses. Fabian Molina, conseiller national PS, souligne que « si la Suisse n’agit pas, elle deviendra de plus en plus un marché de substitution pour les produits fabriqués par le travail forcé, subira une pression internationale croissante, favorisera une concurrence mondiale déloyale au détriment d’une main-d’œuvre bon marché et se retrouvera finalement du mauvais côté de l’histoire ».




