Une entreprise suisse fournit une technologie laser à un groupe d’armement israélien

Malgré les accusations de génocide, des biens à double usage suisses pourraient être utilisés par l’armée israélienne contre la population civile à Gaza. Une experte en droit international s’inquiète.

Vue d’un stand d’exposition de la société Elbit Systems dans un vaste hall aux structures en bois apparentes. Le fond du stand est peint en blanc et jaune, orné du logo “Elbit Systems”. À gauche sont suspendues des maquettes de drones et d’aéronefs, au centre un grand écran noir trône au-dessus de deux bombes suspendues, et à droite plusieurs modèles grandeur nature de bombes et de missiles sont alignés sur un socle. Devant, un comptoir d’accueil blanc arbore également le logo de la marque, tandis que deux visiteurs sont assis sur la droite.
keystone/Opale.Photo/©Simone Perolari/Leextra via opale.photo)

L’armée israélienne pourrait-elle utiliser des lasers suisses pour désigner des cibles palestiniennes lors du génocide à Gaza ? C’est fort possible, comme le montrent les documents de livraison dont dispose le média d’investigation irlandais The Ditch. Le collectif de recherche WAV les a analysés en collaboration avec le magazine Beobachter et Heidi.news.

Concrètement, il s’agit de l’entreprise romande Alpes Lasers. Celle-ci fournit le groupe d’armement israélien et principal fournisseur de l’armée israélienne depuis au moins 2018. En juillet 2025, par exemple, Alpes Lasers a livré deux lasers à semi-conducteurs à Israël. Mais ce n’est pas tout : selon l’article publié dans Heidi.news et Beobachter, la plupart des signataires autorisés de l’entreprise sont des cadres supérieurs d’Elbit Systems.

Alpes Lasers n’est toutefois pas la seule à livrer des « biens à double usage ». Ruag et Elbit Systems Switzerland ont également vendu à Elbit Systems en Israël des biens pouvant être utilisés à des fins civiles et militaires. Ruag a fourni des appareils destinés à tester les systèmes de protection des avions de combat et des hélicoptères. Elbit Switzerland a, quant à elle, livré des pièces pour drones. Ces exportations sont contrôlées et autorisées par le Secrétariat d’État à l’économie (Seco).

Violation du droit international

Même s’il n’est pas possible de déterminer avec certitude comment les biens à double usage suisses sont utilisés en Israël, on peut supposer qu’une livraison à un groupe d’armement implique une utilisation militaire. Evelyne Schmid, professeure de droit international à l’Université de Lausanne, estime donc que ces exportations risquent de violer le droit international. Dans l’article, l’experte explique : « Une collaboration active entre des entreprises suisses et un groupe tel qu’Elbit risque d’enfreindre le droit international : Elbit est le plus grand groupe d’armement israélien et est lié aux violations du droit international commises par Israël. »

Selon un avis consultatif rendu en 2024 par la Cour internationale de justice (CIJ), tous les États sont tenus de ne pas soutenir l’occupation illégale des territoires palestiniens par Israël. En outre, il est possible que l’État israélien viole la Convention sur le génocide. Entre-temps, de nombreux-ses expert-es en génocide, une commission d’enquête indépendante du Conseil des droits de l’homme des Nations unies et diverses ONG ont confirmé dans leurs rapports qu’Israël commettait un génocide à Gaza.

La Suisse pourrait mettre fin aux livraisons

En cas de risque de génocide, les États tiers sont tenus, en vertu de la Convention sur le génocide, d’agir de manière préventive. Cela signifie que toute coopération dans des domaines liés à de graves violations du droit international doit être interrompue. La question se pose donc naturellement : pourquoi le SECO n’interdit-il pas ces livraisons ?

Confronté à cette question par les journalistes, le SECO répond que le Conseil fédéral suit « de très près » l’évolution de la situation. Toutes les demandes d’exportation « vers Israël » sont examinées attentivement par le SECO.

Les agressions russes contre l’Ukraine montrent que la Suisse pourrait agir de manière plus décisive en matière de biens à double usage, déclare Evelyne Schmid : dès l’annexion illégale de la Crimée par la Russie en 2014, la Suisse a décrété un arrêt des exportations de machines-outils vers les entreprises mixtes russes.


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