L’ICE, l’agence américaine de l’immigration et des douanes, s’est montrée plus visible et plus violente que jamais au cours de la première année du deuxième mandat de Donald Trump. Deux meurtres commis en plein jour sur des citoyen-nes américain-es ont semé la terreur. Qu’on en soit arrivé là n’est pas surprenant : l’ICE n’a jamais été aussi puissante et politiquement intouchable, tout en et outrepassant régulièrement les compétences des différents États fédéraux, que sous l’administration Trump.
Cette agence sert de modèle aux partis d’extrême droite à travers l’Europe pour leur politique d’expulsion. En Suisse, si l’initiative du chaos venait à être acceptée, l’UDC souhaiterait s’en inspirer.
En effet, cette initiative exige que la population vivant en Suisse ne dépasse pas les dix millions d’habitant-es avant 2050. Et ce n’est pas tout. Les dispositions transitoires stipulent : « Si la population résidante permanente de la Suisse dépasse neuf millions et demi de personnes avant l’année 2050, le Conseil fédéral et l’Assemblée fédérale, dans les limites de leurs compétences respectives, prennent des mesures, en particulier en matière d’asile et de regroupement familial, en vue d’assurer le respect de la valeur limite fixée […] ». La « valeur limite » correspond au chiffre totalement arbitraire de dix millions de personnes.
Attaque frontale contre le droit d’asile
En réalité, l’UDC souhaite donc commencer les expulsions massives avant même d’atteindre la limite des dix millions. Sa cible première sont les personnes les plus vulnérables : celles qui ont fui vers la Suisse pour échapper à la guerre et aux conflits.
Le fait qu’elles ne contribuent qu’à un infime pourcentage de la croissance démographique n’a aucune importance pour l’UDC. Les personnes réfugiées sont désignées comme boucs émissaires. Selon l’UDC, elles ne devraient plus obtenir de droit de séjour ni de droit de rester, et le regroupement familial devrait être interdit.
Ce qui ne figure pas dans le texte de l’initiative : comment ces personnes doivent être renvoyées. Pourtant, selon Pascal Schmid, partisan d’une ligne dure en matière d’asile au sein de l’UDC, il existe de nombreuses possibilités d’expulser des personnes vers des pays où elles risquent très probablement de mettre leur vie en danger. Selon lui, la Confédération pourrait se voir attribuer davantage de compétences en matière d’expulsions — actuellement, en raison du fédéralisme, ce sont les cantons qui sont responsables de la mise en œuvre de celles-ci.
Certains d’entre eux, en particulier les cantons romands, ne sont pas suffisamment fermes selon l’UDC. Pour étayer cette affirmation, le Parti d’extrême droite se réfère sans cesse à des statistiques mal interprétées et erronées : le canton de Vaud, par exemple, inclut dans ses statistiques des personnes qui devraient être expulsées selon les directives légales, mais qui purgent actuellement une peine de détention. La détention rend leur expulsion impossible, ce qui fausse les chiffres.
Même si Schmid a déclaré à la plateforme d’information Nau qu’il ne souhaitait pas aller aussi loin que l’ICE, une implication accrue de la Confédération dans les expulsions ressemble étrangement à ce qui se passe aux États-Unis. Dans une interview accordée au « Blick », le président de l’UDC Marcel Dettling évoque en outre l’idée de camps d’accueil à la frontière suisse. Le concept : dès qu’il y aurait à nouveau de la « place » pour un-e demandeur-euse d’asile, il ou elle pourrait entrer sur le territoire et demander l’asile en Suisse.
Il est évident que cela constitue une violation flagrante de la Convention des Nations unies relative au statut des réfugiés. Mais ce qui est plus frappant, c’est la similitude avec la situation aux États-Unis : les personnes en quête de protection doivent rester dans des tentes à la frontière entre le Mexique et les États-Unis jusqu’à ce qu’elles puissent entrer en contact avec les autorités. Et ce, parfois dans des conditions épouvantables.
De surcroît, dans les grandes villes américaines où l’ICE déploie ses forces, il règne un climat de peur, d’insécurité et de chaos. Encore plus de profilage racial, encore plus d’arrestations violentes avec des résultats fatals Si l’initiative du chaos était adoptée, un tel scénario serait également envisageable en Suisse.
L’UDC veut davantage de soutien politique pour la police cantonale
De plus, les polices cantonales devraient « sévir sans relâche » et bénéficier d’un soutien accru de la part des responsables politiques. Or, les interventions policières peuvent rapidement dégénérer lorsque ce ne sont plus la proportionnalité et l’État de droit qui priment, mais un simple objectif : expulser le plus grand nombre de personnes possible.
Cet objectif a entraîné la mort de plusieurs dizaines de personnes aux États-Unis. Non seulement dans la rue, mais aussi dans les centres de renvoi, où, selon les rapports, adultes et enfants doivent vivre dans des conditions misérables. C ’est également le cas en Suisse en raison de la politique d’asile restrictive menée par le camp bourgeois.
Ainsi, diverses violations des droits humains et non-respects de la Convention relative aux droits de l’enfant ont été constatés dans les centres de retour du canton de Berne, comme le rapporte l’Observatoire du droit d’asile et des étrangers. L’initiative du chaos aggraverait encore cette situation.
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