Deepfakes : comment l’IA de droite attaque les droits des femmes et la démocratie

Qu’est-ce qui est réel, qu’est-ce qui est généré par l’IA ? C’est une question que nous devons nous poser quotidiennement, car les deepfakes inondent Internet. Si les médias indépendants continuent d’être affaiblis, le problème s’aggravera.

Vue en gros plan du visage d’Elon Musk, l’air pensif et les lèvres pincées, sur un fond flou montrant l’écran d’un smartphone où apparaissent des icônes d’applications d’intelligence artificielle comme ChatGPT et Grok.
Image : Unsplash/keystone/Gian Ehrenzeller

C’est l’un des exemples les plus problématiques à ce jour : de nombreux utilisateurs de la plateforme X d’Elon Musk ont utilisé le chatbot IA « Grok » pour générer des images sexualisées et pornographiques de femmes et, dans certains cas, de filles mineures. En un clic, le chatbot IA peut représenter des personnes à moitié nues et dans des poses sexualisées sur des photos. Seul le visage est réel, tout le reste est faux, mais cela n’est pas visible à l’œil nu — ce sont des deepfakes.

Après un tollé, X a réagi en prenant une mesure qui ne résout en rien le problème : Grok ne peut désormais être utilisé que par les utilisateurs disposant d’un abonnement payant. Cela ne change rien au fait que de telles images peuvent toujours être générées et que tout le monde peut continuer à les voir.

L’exemple de Grok montre que les femmes et les filles sont les plus touchées par les deepfakes. Une fois de plus, ce sont les personnes qui souffrent déjà le plus de la violence patriarcale. La réduction à une représentation objectivée de la féminité fait partie du backlash promu par les mouvements d’extrême droite à travers le monde. Ainsi, ils s’attaquent de manière ciblée aux femmes, à leur autodétermination et à leurs droits politiques.

Un problème qui prend de l’ampleur

Les deepfakes s’améliorent sans cesse, et il devient de plus en plus difficile de les distinguer des contenus authentiques. Cela pose un problème majeur non seulement pour les contenus à caractère sexuel, mais aussi pour la politique : les milieux de droite et antidémocratiques les utilisent de plus en plus pour mener des campagnes de désinformation politique. Par exemple, des vidéos et des images de personnalités politiques sont manipulées, partagées des millions de fois et rarement signalées comme telles.

Une chose est claire : les fausses informations se propagent à la vitesse de l’éclair sur les réseaux sociaux et sur Internet. Les rectifications a posteriori atteignent nettement moins de personnes.

L’initiative anti-SSR aggrave le problème

Les médias publics constituent un rempart important contre cette évolution. Dans le cadre de vérifications minutieuses, ils analysent l’authenticité des vidéos, des images et des enregistrements audios. Il n’est donc pas surprenant que l’UDC soit le parti qui réclame le plus bruyamment la dissolution de la SSR en Suisse.

Concrètement, une réduction de moitié des fonds alloués à la SSR signifie moins de temps par sujet, moins de personnel, moins de spécialisation. Et c’est précisément ce qui est fatal à l’ère des deepfakes. Car la vérification coûte cher. Elle nécessite un savoir-faire, des outils, des formations, des réseaux internationaux, des clarifications juridiques et parfois simplement du temps.

La pression financière accrue sur les médias indépendants favorise les acteurs de la désinformation. Le risque que des fake news passent entre les mailles du filet ou que les rédactions, par crainte de commettre des erreurs, ne publient plus d’articles, augmente. Le journalisme d’enquête, précisément le type de journalisme qui permet de mettre en lumière les structures et les motivations des campagnes de désinformation, est mis sous pression.


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