Le gouvernement fribourgeois a lancé sa campagne pour la loi d’assainissement des finances de l’État (LAFE) : celle-ci fait partie du programme d’assainissement (PAFE), qui comprend 85 mesures d’économies. En tout, le canton veut mettre en place une politique d’austérité, en « économisant » 405 millions de francs sur 2 ans. L’essentiel de ce montant repose sur 18 mesures pour lesquelles un changement de loi est nécessaire (la LAFE).
Le Conseil d’État fribourgeois a récemment lancé sa campagne pour son plan d’austérité. Le gouvernement martèle que, sans la LAFE, le canton ne pourrait plus garder la maîtrise de ses finances. Pourtant, la situation financière à Fribourg n’est pas si préoccupante que ce que la droite aimerait faire croire. Le Canton de Fribourg vient d’ailleurs de boucler l’année 2025 sur un bénéfice colossal de 107 millions alors que pas le moindre centime d’excédent n’était attendu.
Une croissance modérée
Entre 2019 et 2024, les dépenses du canton de Fribourg ont augmenté de 117 %. En comparaison avec les autres cantons romands, l’augmentation y est donc bien moins importante. Seuls les cantons de Neuchâtel et le Jura ont vu leurs dépenses augmenter de moins de 110 %. Genève et Vaud ont enregistré une augmentation de 119 %, le Valais de 123 %.

Pour les contribuables, cela correspond à une charge individuelle d’environ 12 500 CHF dans le canton de Fribourg. Les Neuchâtelois-es ont une charge de 14 400 CHF, les Vaudois-es de 15 100 CHF et les Genevois-es de 23 400 CHF. Bref, la situation financière à Fribourg pèse moins lourd sur ses habitant-es que dans d’autres cantons.
Le problème ne réside donc pas dans les dépenses, mais bien dans les recettes. Cette dernière décennie, Fribourg a multiplié les baisses fiscales profitant aux grandes entreprises et aux plus aisés. Si bien qu’aujourd’hui, seules 36 % des dépenses du canton, 4 272 155 CHF, sont financées par les impôts. Le canton de Fribourg ferme donc la marche de la comparaison romande. Le Jura et le Valais, par exemple, financent leurs dépenses avec environ 39 % d’impôts, et à Genève, ce sont même 75 %.
Le tabou des augmentations d’impôts
Le canton de Fribourg dépend financièrement plus fortement de la péréquation entre les cantons et des bénéfices de la Banque Nationale Suisse que du revenu et de la fortune de ses habitant-es. Mais en augmentant les impôts pour les plus fortuné-es, Fribourg pourrait sans problème financer la hausse des dépenses. Car ces dépenses profitent à la société et, plus largement, aux moins fortuné-es : elles financent les crèches, les hôpitaux, l’éducation primaire, les EMS, les transports publics.
Bien entendu, le Conseil d’État fribourgeois, dominé par les partis de droite, ne veut surtout pas augmenter les impôts des plus riches. Ils préfèrent démanteler les prestations publiques.
Le PAFE (programme d’assainissement des finances de l’État à Fribourg) avait déjà été largement critiqué : des coupes budgétaires sont prévues dans les domaines des soins, de l’éducation et du service public. Le gouvernement fribourgeois suit donc la logique bourgeoise de tous les cantons et de la Confédération : freiner les dépenses soi-disant « hors de contrôle », protéger les plus riches en refusant des augmentations d’impôts et punir les moyens et bas revenus.
Concrètement, le canton veut augmenter la facture des résident-es en EMS, réduire le financement aux crèches, aux hôpitaux et aux transports publics régionaux ainsi que le financement des mesures pour combattre la crise climatique.
eje