Accueil Suisse Le service civil : un acquis compliqué à obtenir, devenu essentiel

Le service civil : un acquis compliqué à obtenir, devenu essentiel

Pendant près d'un siècle, les recrues suisses en conflit de conscience se sont battues pour obtenir le droit d'effectuer un service civil. Aujourd'hui, ce droit est à nouveau remis en cause : la droite politique tente progressivement de rendre l'accès au service civil plus difficile. La révision de la loi sur le service civil, qui fera l'objet d'un référendum le 14 juin, n'est que le début d'un démantèlement planifié.

Vue rapprochée d'un réfectoire où un volontaire du service civil, identifiable par son t-shirt bleu portant l'inscription "Service civil" en plusieurs langues (français, italien, allemand et romanche), sert de la nourriture à une jeune fille. La jeune fille, assise à une table, tend son assiette pour recevoir sa portion. Autour d'elle, d'autres personnes sont assises et partagent un repas. L'ambiance semble conviviale et chaleureuse, avec des plats variés visibles sur la table. L'image met en lumière l'engagement des volontaires du service civil dans des actions sociales et communautaires.
Image : keystone/Christian Beutler

Dès 1903, des voix s’élèvent en Suisse pour reconnaître le droit à l’objection de conscience. Pendant près de neuf décennies, les opposant-es au service militaire obligatoire paient leur refus au prix fort : stigmatisation, amendes, prison.

Le 17 mai 1992, la population tranche enfin. Avec 82,5 % de oui, l’introduction du service civil dans la Constitution est plébiscitée. Un signal sans ambiguïté : la Suisse veut de cette alternative, elle y croit, elle en a besoin.

Depuis lors, le service civil est devenu un pilier discret, mais indispensable de notre tissu social. En 2025, près de 2 millions de jours de service ont été accomplis dans plus de 5000 établissements d’affectation : EMS, hôpitaux, écoles, réserves naturelles, exploitations agricoles. Le 14 juin, sa pérennité fera l’objet d’une votation.

La tactique du saucisson : couper sans jamais trancher franchement

Pour se débarrasser du service civil, la droite a choisi la tactique du saucisson. Rogner, restreindre, décourager. Tranche après tranche. En plus de la révision soumise au vote le 14 juin, deux propositions récentes illustrent parfaitement cette stratégie.

La première motion parlementaire vise à fusionner le service civil et la protection civile au profit de cette dernière. En effet, une motion propose d’astreindre les civilistes à un service dans la sécurité. Au-delà du flou juridique, cette mesure crée un risque concret pour les hôpitaux et les institutions sociales : si leurs civilistes sont réquisitionnés pour d’autres missions, qui comblera les vides laissés dans les services de soins déjà à bout ?

Le Conseil fédéral est d’avis que cette réforme coûterait trop cher à la Confédération, ainsi qu’aux cantons. C’est pourquoi il a reporté sa décision sur cette proposition.

La seconde proposition cherche à ressusciter l’examen de conscience. Supprimé en 2008 parce qu’il était humiliant et inefficace, cet examen, qui obligeait les candidats à justifier leur refus de porter les armes devant une commission, pourrait revenir. En 2025, la commission de la politique de sécurité Conseil national a proposé de le réhabiliter.

Des institutions qui sonnent l’alarme

Dans l’ensemble du pays, des institutions tirent la sonnette d’alarme. Plus de 2000 établissements du secteur social dépendent aujourd’hui des civilistes pour fonctionner correctement. EMS sous-dotés, services de soins à domicile, structures d’accueil pour personnes en situation de handicap : ce sont eux qui absorberaient le choc d’une réduction du nombre de civilistes.


La pénurie de personnel soignant n’est pas un slogan, c’est une réalité. Dans ce contexte, les civilistes ne sont pas un surplus. Attaquer tranche par tranche le service civil, c’est choisir de fragiliser les plus vulnérables pour satisfaire une idéologie pro-militariste.

Le peuple avait dit oui à 82,5 % à l’alternative plus pacifiste en 1992. Il serait temps que la droite s’en souvienne.

ebr


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