Accueil Société L’affaire Frei le montre : la protection des victimes doit être renforcée

L’affaire Frei le montre : la protection des victimes doit être renforcée

Un ancien député de l'UDC au Grand Conseil du canton d'Argovie aurait violé et abusé de deux femmes et d'une mineure pendant des années. Le ministère public réclame désormais une peine d'emprisonnement à perpétuité. La réaction de la commune envers les victimes de ces violences jette toutefois un éclairage révélateur sur la manière dont sont traitées les victimes.

"Une manifestante portant un ruban et un t-shirt violets tient une pancarte blanche avec le message 'VICTIMES on vous croit' écrit en lettres violettes, lors d'une marche de protestation dans un parc arborisé entouré d'autres participants."
Image : keystone/Stephan Torre

Patrick Frei siégeait au Grand Conseil du canton d’Argovie pour l’UDC ; depuis la tribune, il fustigeait les « étrangers criminels » et les « enseignants pédophiles ». Mais chez lui, c’était lui le présumé criminel pédophile : pendant des années, il aurait utilisé des drogues pour endormir puis violer d’abord son ex-femme, puis sa nouvelle compagne ainsi que la fille de celle-ci, âgée de 15 ans. Selon les enquêteur-trices, il aurait filmé ses crimes.

Frei a été arrêté en 2023 et se trouve depuis en détention préventive. Compte tenu des preuves et de la brutalité de ses actes, le parquet argovien réclame une peine d’emprisonnement à perpétuité à l’encontre de Patrick Frei pour tentative de meurtre. Lui-même affirme n’avoir jamais endormi ses victimes avec des « gouttes KO » (ou « drogue du violeur », du GHB) et rejette des « éléments essentiels » de l’acte d’accusation.

Fait particulièrement choquant : lorsque la compagne de Frei et sa fille, qui, selon l’acte d’accusation, a été violée plus de 40 fois, se sont rendues auprès des autorités communales, elles n’ont reçu aucune aide. L’Office des migrations a même menacé les deux Polonaises, qui s’étaient installées en Suisse pour rejoindre le membre de l’UDC, d’un renvoi. La mère déclare aujourd’hui qu’elles ont été doublement traumatisées. D’abord par Frei, puis par les autorités.

Deux expert-es en droit social et en droit des migrations, interrogé-es par le Tages-Anzeiger, le confirment : les autorités argoviennes ont agi de manière non réglementaire envers les deux victimes. L’affaire Frei montre ainsi que la violence sexuelle est traitée différemment selon les cantons et les victimes. Mais que peut-on faire sur le plan politique ?

La drogue du violeur de plus en plus répandue

Dès l’affaire Pélicot en France, Jessica Jaccoud, conseillère nationale PS et co-présidente des Femmes socialistes, a déposé un postulat au sujet des « drogues du violeur ». Elle y charge le Conseil fédéral de présenter, dans un rapport, « les bases légales existantes permettant d’identifier et de poursuivre les auteurs ou autrices de ce type de violence, ou d’indiquer les adaptations nécessaires ».

Le Conseil fédéral rejette toutefois cette tentative visant à sanctionner plus sévèrement l’utilisation de drogues du violeur. Dans sa prise de position sur le postulat, il explique que les termes généraux utilisés dans le droit pénal suisse auraient fait leurs preuves jusqu’à présent : un viol est puni en tant que tel, avec ou sans utilisation de substances chimiques. Des dispositions spéciales pourraient s’avérer contre-productives.

Mais les cas suspects d’utilisation de drogues du violeur sont en hausse. Un journal local zurichois a déjà fait état d’un cas où une victime a préféré ne pas se soumettre à un test, car les coûts étaient trop élevés. Si aucune plainte pénale n’est déposée, la personne concernée doit les prendre en charge elle-même.

En Allemagne et au Royaume-Uni, des réseaux de violeurs ont été découverts : les auteurs y échangent des conseils sur la manière d’utiliser et de se procurer du GHB ou d’autres drogues pour soumettre chimiquement leurs victimes. Rendre inconscientes des femmes victimes de violences sexuelles est donc depuis longtemps une pratique systématique. D’autres pays ont également fait état de réseaux similaires.

Le ministère fédéral allemand de la Justice a désormais annoncé son intention de reclasser légalement ces substances chimiques en tant qu’armes dans le cadre des délits sexuels. Cela entraînerait une augmentation de la peine minimale.

Mieux traitées à Genève qu’en Argovie

Jessica Jaccoud estime également qu’il y a encore beaucoup à faire en matière d’accompagnement des victimes. Sur la RTS, elle a appelé le Parlement à enfin agir : « Si nous ne voulons plus que les victimes soient mieux traitées à Genève ou dans le canton de Vaud qu’en Argovie, nous devons agir au niveau législatif et harmoniser les pratiques. »

C’est l’une des revendications formulées par l’initiative contre la violence faite aux femmes. Les Femmes socialistes et le PS Suisse la lanceront prochainement. Le texte de l’initiative prévoit d’ancrer des normes minimales contraignantes en matière de protection des victimes. Ainsi, le fait qu’une femme victime de violences sexuelles reçoive le soutien dont elle a besoin ne dépendrait plus de son lieu de résidence.

De plus, une chose est claire : les centres d’aide aux victimes ont besoin de ressources nettement plus importantes. Dans des cas comme ceux-ci, les connaissances des professionnel-les en matière de droit des migrations et de traumatismes multiples, mais aussi la présence d’interprètes, sont indispensables. C’est pourquoi les Femmes socialistes et le PS réclament également un financement durable de la protection des victimes par la Confédération.

eje


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