Les inégalités de fortune
Depuis le début des années 2000, la fortune a augmenté en moyenne de 3,9 % par an, alors que les revenus n’ont progressé que de 2,6 %. Cette fortune est-elle distribuée équitablement au sein de la population ? Évidemment, ce n’est pas le cas. Elle est au contraire très concentrée. Les inégalités de fortune sont importantes et continuent d’augmenter. En Suisse, la part de la fortune détenue par les 1 % les plus riches est passée de 36,6 % à 45,1 % entre 2003 et 2022. Autrement dit, les millionnaires représentent 7 % des contribuables, mais possèdent 71 % de la fortune totale.
C’est ce que révèle une nouvelle étude réalisée par Marius Brülhart, Andreas Fuster, Isabel Z. Martínez et Falone Moseka. Pour ce faire, les auteur-trices ont analysé des données provenant de toute la Suisse ainsi que 16,7 millions de données fiscales individuelles des cantons de Berne et de Lucerne sur la répartition des fortunes privées, des héritages et des donations en Suisse au cours des 25 dernières années.
Une taxation qui diminue
Même si les salaires de certain-es dirigeant-es d’entreprises sont scandaleusement élevés, la Suisse est un pays où les revenus sont relativement égalitaires. Les inégalités entre les différentes classes sociales proviennent donc davantage de la fortune. Selon Marius Brülhart, « les personnes qui détiennent des parts d’entreprises ou de l’immobilier ont vu leur situation économique s’améliorer beaucoup plus rapidement que celles qui dépendent du revenu de leur travail. »
Taxer la fortune, qui s’amoncèle sur les comptes en banque des plus riches, permettrait de redistribuer la richesse produite afin que l’ensemble de la population puisse en profiter. Mais encore une fois, nous n’en prenons pas le chemin. Dans leur étude, les auteur-trices font clairement état que « les taux d’imposition effectifs sur la fortune et les successions ont baissé. Le taux d’imposition effectif moyen sur la fortune est passé de 0,35 % en 1990 à 0,28 % en 2025 ».
Il y a pourtant eu des tentatives politiques pour réduire ces inégalités : en novembre dernier, la Suisse a voté sur l’initiative pour l’avenir. Avec cette initiative, la Jeunesse socialiste voulait taxer à 50 % les héritages supérieurs à 50 millions de francs. Elle n’est pas la seule à avoir des propositions dans ce sens : l’économiste français Gabriel Zucman propose d’introduire un impôt de 2 % sur les fortunes supérieures à 100 millions, ce qui permettrait à l’État de percevoir 20 milliards d’euros de recettes fiscales.

Deux mythes trompeurs
Dans le système capitaliste, le mythe du capital comme créateur de richesse est omniprésent. Mais, concrètement, toute la richesse produite provient du travail des employé-es et non du capital financier ou immobilier des détenteur-trices de capitaux. En d’autres termes, sans travail, pas de capital.
Chaque fois que des propositions visant à augmenter l’imposition des fortunes ou des successions sont présentées, le mythe de leur « départ » refait surface. Selon des études, seule une infime partie des super-riches quitterait la Suisse, notamment en raison de sa stabilité politique et économique.
mba