
Un design sobre, des questions simples, des réponses objectives : la campagne de « Facts-4-Future » ne rappelle en rien une campagne électorale. Mais celui qui, trois mois avant le vote sur l’initiative du chaos, pose en grosses lettres sur des panneaux d’affichage APG la question du « stress lié à la densité » a clairement un agenda politique.
Ce n’est pas un hasard si les affiches placardées dans les plus grandes gares suisses s’adressent à un public urbain et soucieux de l’environnement, écrit l’hebdomadaire WoZ. Il s’est interrogé sur qui était derrière cette campagne. C’est ainsi qu’il est tombé sur Iwan Hächler. M.Hächler aurait étudié le génie mécanique à l’ETH, avant de rejoindre l’Institut de thermodynamique, où il a obtenu son doctorat.
« Des faits plutôt que des fausses informations »
Ce qui est plus intéressant, c’est son lien avec la politique. Selon les recherches de la WoZ, M.Hächler aurait pris contact avec l’association Ecopop en 2019, car son milieu universitaire ne manifestait peu d’intérêt pour les questions démographiques. Au sein d’Ecopop, M.Hächler s’est engagé en faveur d’un réseau européen plus large regroupant différentes organisations partenaires. De plus, au sein du groupe de travail « Des faits, pas des fausses informations », il a créé des graphiques basés sur des données statistiques visant à mettre en évidence l’influence de la croissance démographique sur la gestion des ressources et l’utilisation des sols.
Fondée en 1971, l’association suisse Ecopop combine à première vue deux causes apparemment nobles : la protection de l’environnement et l’aide au développement. Mais c’est la thèse centrale de cette association qui pose problème : Ecopop rend la croissance démographique — et donc implicitement l’immigration — responsable des problèmes écologiques. Avec l’initiative populaire « Halte à la surpopulation », l’association a tenté en 2014 de limiter l’immigration nette à 0,2 % de la population. L’initiative a été clairement rejetée avec plus de 74 % de non. Les critiques reprochent à Ecopop de réduire des crises écologiques complexes à une seule cause et d’alimenter ainsi des discours racistes : ce n’est pas la consommation de ressources supérieure à la moyenne des pays riches du Nord global qui est mise en avant, mais l’afflux de personnes issues de régions plus pauvres. Ecopop s’inscrit ainsi dans une longue et problématique tradition de ce qu’on appelle l’éco-nationalisme, qui instrumentalise la protection de l’environnement comme argument en faveur du repli sur soi.
M.Hächler a présenté ses données à divers représentant-es politiques. C’est surtout l’UDC qui s’y est intéressée. Ainsi, au printemps 2022, Mike Egger, conseiller national UDC de Saint-Gall, a lancé une série de vidéos sur les réseaux sociaux intitulée « Fakten statt Fake » en français « Des faits, pas des fausses nouvelles », et Thomas Matter, conseiller national UDC de Zurich, a présenté pour la première fois en mai de la même année l’idée d’une initiative populaire contre la croissance démographique. Celle-ci a finalement été lancée en juin 2023 sous le nom évocateur et hautement trompeur d’« initiative pour la durabilité ». Dans la « NZZ am Sonntag », M.Matter a déclaré que M.Hächler fournissait les chiffres.
Une campagne de votation hors des règles de transparence ?
La démarche de Facts-4-Future est donc bien plus qu’une innocente tentative d’information ; elle doit clairement être considérée comme faisant partie de la campagne de votation pour le camp du « oui » à l’initiative du chaos. Conformément aux règles de transparence, le montant consacré à l’affichage massif dans les gares suisses devrait sans doute être divulgué. À ce jour, on ignore encore qui a cofinancé la campagne. Interrogée par la WoZ, l’UDC a nié toute participation financière.
jsc