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Saghi Gholipour : « Ce dont nous avons besoin maintenant de la part de la communauté internationale, c’est le soutien de la société civile. »

Fin février, les États-Unis et Israël ont attaqué l'Iran, une attaque considérée comme contraire au droit international. Saghi Gholipour, de l'association Free Iran Switzerland, s'inquiète pour ses proches et souligne que la communauté internationale doit désormais renforcer la société civile iranienne, y compris la Suisse.


« direct » : Dans la nuit du 28 février, les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran. Les attaques et les ripostes iraniennes se poursuivent. Le chef de l’État Ali Khamenei est mort. De nombreux civils ont également été tués. Comment allez-vous aujourd’hui et comment vont vos proches en Iran ?

Saghi Gholipour : Je suis très inquiète pour les personnes qui se trouvent en Iran. Certaines de mes connaissances ont pu fuir leur ville et sont désormais, je l’espère, loin des cibles militaires. D’autres n’ont pas pu quitter leur domicile. Samedi, j’ai encore reçu des messages disant « nous entendons de grosses explosions partout ». Depuis dimanche, je n’ai plus aucun contact avec mes proches. Internet est coupé. Bien sûr, je n’ai pas été mécontente d’apprendre la mort de Khamenei. En tant que guide de la révolution, il a été responsable de terreur et de morts pendant des décennies.

« direct » : Selon vous, pourquoi les États-Unis et Israël ont-ils décidé d’attaquer l’Iran précisément maintenant, alors que les États-Unis et la République islamique étaient encore en pourparlers à Genève ?

Saghi Gholipour : Le gouvernement Trump a apparemment découvert qu’une réunion avec Ali Khamenei et d’autres membres du régime avait lieu samedi. Comme le lieu était également connu, Israël et les États-Unis ont probablement voulu profiter de cette occasion. De plus, Trump avait déjà lancé un ultimatum avant début mars. Je n’ai donc pas été particulièrement surprise par l’attaque à ce moment-là.

« direct » : Depuis le début de l’année, le régime iranien réprime sa propre population avec une extrême brutalité. Des dizaines de milliers de personnes ont été tuées lors de manifestations.

Saghi Gholipour : Malheureusement, cette répression massive n’est pas une nouveauté pour les Iranien-nes. Les dernières manifestations ont commencé fin décembre, lorsque les bazari — les commerçant-es — sont descendu-es dans la rue, pratiquement contraint-es de le faire par la situation économique. Les manifestations se sont rapidement étendues. Le week-end des 8 et 9 janvier, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues. Selon les chiffres fournis par des médecins, entre 30 000 et 40 000 manifestant-es ont été victimes d’un massacre perpétré par le régime islamique. Ces chiffres proviennent des hôpitaux et des cliniques — on peut supposer que le nombre de morts est bien plus élevé, car de nombreuses personnes ont ramené leurs proches tués directement chez eux, d’une part pour préserver leur dignité, mais aussi pour se protéger en tant que proches de détracteur-ices du régime. Outre les personnes tuées, on dénombre également plus de 300 000 blessé-es et environ 50 000 manifestant-es ont été arrêté-es.

« direct » : Comment expliquez-vous cette violence sans précédent ?

Saghi Gholipour : Le fait qu’une nouvelle classe sociale, les Bazari, ait rejoint les manifestations montre que le désespoir et la colère sont grands dans tout le pays. La pression sur le régime prend ainsi une nouvelle dimension, et chaque fois que celui-ci est acculé, il réagit avec une extrême brutalité contre sa propre population.

« direct » : Que s’est-il passé après ce week-end dévastateur de janvier ?

Saghi Gholipour : Les manifestations se sont calmées. Beaucoup de gens se sont retirés chez eux. Après le massacre, le désir de renverser le régime était toujours intact. De nombreuses et nombreux Iranien-nes ont affirmé avoir tout tenté pour renverser ce régime. Mais sans aide extérieure, cela n’est pas possible.

« direct » : Qu’entendez-vous par « aide extérieure » ?

Saghi Gholipour : L’ONU connaît le concept de responsabilité de protéger (Responsibility to Protect). Celui-ci stipule que la communauté internationale doit également intervenir militairement lorsqu’un État échoue manifestement à protéger sa population. Mais la Russie et la Chine n’accepteraient jamais une telle mission. C’est pourquoi beaucoup de gens ont déclaré espérer une intervention des États-Unis. Pour moi, une telle déclaration montre avant tout à quel point la population est désespérée.

« direct » : Selon vous, que nous réserve l’avenir ?

Saghi Gholipour : À l’heure actuelle, cela reste totalement incertain. Khamenei est mort, une partie de ses proches collaborateurs a été assassinée, le commandant de la Garde révolutionnaire a également été tué. Mais le régime ne repose pas uniquement sur une seule personne. On peut également qualifier la République islamique de dictature militaire sous couvert religieux. La question est maintenant de savoir si ce couvert religieux va être abandonné et si l’Iran va devenir une dictature militaire pure et simple, ou si la population va réussir à renverser le régime.

« direct » : Pensez-vous que cette dernière option soit envisageable ?

Saghi Gholipour : Le fait que Trump ait annoncé, seulement 24 heures après l’assassinat d’Ali Khamenei, qu’il souhaite négocier avec le régime islamique est vraiment décevant. Cela revient à légitimer à nouveau le régime depuis l’extérieur, alors que le peuple affirme haut et fort que ce régime appartient au passé.

« direct » : Dans le même temps, Trump a également déclaré que le changement de régime en Iran était entre les mains du peuple iranien. Qu’en pensez-vous ?

Saghi Gholipour : À mon avis, cette déclaration est d’un cynisme sans pareil. Bien sûr, cela aide si le régime est affaibli, mais s’il est en même temps légitimé à nouveau par la communauté internationale par le biais de négociations, alors nous avons vraiment perdu. Ce dont nous avons besoin maintenant de la part de la communauté internationale, c’est le soutien à la société civile.

« direct » : Quelle est la force de l’opposition en Iran même ?

Saghi Gholipour : Elle a été systématiquement réprimée au cours des 47 dernières années. Les opposant-es ont été jeté-es en prison ou contraint-es à entrer dans la clandestinité ou à s’exiler. En décembre dernier, différentes organisations républicaines se sont regroupées et ont tendu la main à l’opposition en exil pour collaborer avec elle. Cette initiative a d’abord été fortement compromise par les massacres de janvier, puis par les bombardements américains et israéliens. Mais les efforts de la société civile se poursuivent néanmoins.

« direct » : Comment évaluez-vous le rôle de la Suisse ?

Saghi Gholipour : La Suisse s’aligne toujours derrière la ligne politique des États-Unis. La semaine dernière encore, une photo a été publiée sur laquelle on voit le ministre des Affaires étrangères Cassis sourire à la caméra aux côtés du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. Il est scandaleux que la Suisse continue de courtiser le régime terroriste par de telles actions. Cela ne fait que renforcer sa légitimité, ce qui est fatal pour la population iranienne.

« direct » : Que doit faire la Suisse à la place ?

Saghi Gholipour : Il faut détourner l’attention de ce régime pour la porter sur la population. La Suisse peut contribuer à renforcer la société civile, par exemple en organisant des conférences qui rassemblent différentes positions autour d’une même table. Il est essentiel que les femmes participent également à ces discussions. Parallèlement, je considère qu’il est essentiel que la Suisse inscrive les Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes, comme l’a décidé l’UE fin janvier. Sinon, les fonds des Gardiens de la révolution risquent d’être retirés des banques de l’UE et de finir en Suisse. Free Iran Switzerland a également lancé une pétition à ce sujet.


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