Les chiffres présentés par l’Union syndicale suisse (USS) sont alarmants : chaque année en Suisse, environ 23 000 jeunes sont victimes d’un accident pendant leur apprentissage, soit près d’un-e apprenti-e sur 9. Léonie (pseudonyme), apprentie dans le secteur des soins, souligne au nom de ses camarades : « La seule chose qu’on veut, c’est être entendus (sic !) et que les choses bougent. » Les adolescent-es et les jeunes adultes âgés de 15 à 24 ans sont particulièrement touché-es par les accidents du travail. Outre le manque d’expérience et de routine, c’est surtout l’absence d’accompagnement au quotidien qui joue un rôle central, selon l’USS.
Une pression à la performance dangereuse
À cela s’ajoute la pression à la performance à laquelle de nombreux-ses apprenti-es sont soumis-es dès les premiers mois de leur formation. Cette combinaison augmente considérablement le risque d’accidents du travail. Les causes typiques d’accidents sont le travail avec des machines ou des outils, les chutes et les accidents par trébuchement, ainsi que les blessures causées par des corps étrangers — les yeux et les mains sont souvent touchés.
Particulièrement grave : selon les chiffres de l’USS, on recense chaque année deux à trois accidents du travail mortels chez les apprenti-es. L’agriculture, la sylviculture et le secteur de la construction sont touchés à une fréquence supérieure à la moyenne. Il est également frappant de constater que bon nombre de ces accidents surviennent dès la première année d’apprentissage.
Ali (pseudonyme) a été victime d’un accident lors de sa première année d’apprentissage en tant que ferblantier : « À l’école, on nous apprend qu’on ne doit pas monter sur un échafaudage s’il n’est pas conforme. Mais dans ma première boîte, ils s’en fichaient. Tu dois travailler [coûte que coûte] (sic !). La preuve : le premier mois, je suis tombé du toit. Il n’y avait même pas d’échafaudage, juste une échelle, j’étais sur un toit couvert de mousse et j’ai glissé… ».
Des lacunes dans la mise en œuvre malgré une situation juridique claire
Pourtant, les dispositions légales sont claires : en droit du travail, les jeunes sont considérés comme particulièrement vulnérables, et les employeur-euses sont soumis à un devoir de diligence accru. Les travaux dangereux sont en principe interdits et ne sont autorisés que dans des cas exceptionnels strictement définis, lorsqu’ils sont absolument nécessaires à la formation et qu’ils sont effectués dans des conditions de protection rigoureuses.
Malgré cette réglementation claire, l’USS constate des lacunes considérables dans la pratique. Les problèmes ne résident donc pas dans les bases juridiques, mais dans leur mise en œuvre au sein de l’entreprise. La sécurité au travail et la protection de la santé seraient souvent reléguées au second plan face aux intérêts économiques, à la pression du temps et au manque de formation des responsables.
Critiques concernant le manque d’encadrement en entreprise
L’un des principaux points critiqués par l’USS concerne la situation en matière d’encadrement dans les entreprises formatrices. Selon des enquêtes représentatives, 76 % des formateurs et formatrices ne bénéficient d’aucun allègement de charge de travail pour la formation et l’accompagnement des apprenti-es. « On peut certes être fièr-e du système de formation en alternance. Mais nous devons aussi assumer nos responsabilités et mieux protéger les apprenti-es », souligne Félicia Fasel, secrétaire nationale à la jeunesse du syndicat Unia. Elle ajoute : « Presque tous les décès se sont produits au cours de la première année d’apprentissage — un signe clair que l’encadrement est loin d’être suffisant. »
L’USS critique en outre le fait que l’on confie de plus en plus de responsabilités aux apprenti-es. Les campagnes qui invitent les jeunes à identifier eux-mêmes les risques et à dire activement « stop » sont certes utiles, mais insuffisantes. Les apprenti-es se trouvent dans une relation de dépendance hiérarchique claire et ne peuvent souvent pas se soustraire à des situations dangereuses.
« La sécurité au travail est donc avant tout une responsabilité de la direction et ne doit pas être répercutée sur les apprenti-es », déclare l’USS.
Les contraintes psychiques augmentent
Outre les dangers physiques, les contraintes psychiques font également l’objet d’une attention accrue. Le stress, les pressions temporelles et les attentes élevées au travail influencent ainsi non seulement le bien-être, mais aussi directement la sécurité des jeunes.
Pourtant, dans de nombreuses entreprises formatrices, les risques psychosociaux continueraient d’être sous-estimés ou ne seraient pas intégrés de manière systématique dans les concepts de sécurité. Combinés à des activités physiquement exigeantes, ils augmenteraient encore davantage le risque d’accident.
L’évaluation de l’Union syndicale suisse est claire : malgré un cadre juridique précis, la protection des apprenti-es dans le quotidien professionnel de nombreuses entreprises reste lacunaire — avec des conséquences parfois graves.
lal




