Accueil Suisse Cette chronologie le montre : le F-35 a toujours été un mauvais choix

Cette chronologie le montre : le F-35 a toujours été un mauvais choix

Selon le ministre de la Défense Martin Pfister, les avions de combat F-35 devraient bientôt survoler la Suisse à des vitesses supersoniques. Il est temps de revenir sur l’histoire de l’une des plus grandes débâcles du DDPS, depuis le tout début.

Montage composé de quatre portraits de politiciens allemands en costumes formels, alignés en bas de l'image. En arrière-plan, un dôme de bâtiment historique illuminé et un avion de chasse en vol dans un ciel bleu. Cette image évoque la politique de défense et les enjeux du F-35 en Suisse.
Images : keystone/Anthony Anex/PA Wire/Jonathan Brady/AP/Darko Vojinovic/EPA/Gian Ehernzeller, montage : direct

Récemment, le Département fédéral de la défense (DDPS) a organisé des évènements à l’intention des journalistes et de la population : l’objectif était d’expliquer comment de nouvelles mesures de protection contre le bruit seraient mises en œuvre pour les riverains autour des aérodromes militaires. Car le nouvel avion de combat de l’armée suisse, le F-35 du géant américain Lockheed Martin, sera plus bruyant au décollage que son prédécesseur, le F/A-18.

Les avions devraient être stationnés à partir de mi 2028 sur les aérodromes d’Emmen (LU), de Payerne (VD) et de Meiringen (BE). Mais le chemin pour y parvenir a été long et semé d’embûches : l’acquisition de nouveaux avions de combat pour les Forces aériennes suisses fait régulièrement la une des journaux — et provoque des scandales — depuis plus d’une décennie. Chronologie des faits.

Les problèmes s’accumulent

Deux ans après le « non » populaire à l’achat du Gripen en 2014, le Conseil fédéral a réexaminé l’acquisition de nouveaux avions de combat. En 2017, le DDPS teste cinq appareils de différents producteurs. Le Conseil fédéral a ensuite élaboré une décision de planification pour l’acquisition de nouveaux avions de combat avec un plafond de coûts de six milliards de francs. Le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), le PS et les Vert-es ont alors lancé un référendum et, en septembre 2020, le peuple a approuvé ce chèque en blanc à une très faible majorité de 50,1 %.

À l’époque, il était déjà clair que le montant ne s’arrêterait pas à ces six milliards. Quelques mois plus tôt, un rapport du DDPS avait montré que les avions de combat coûteraient 18 000 000 000 francs sur toute leur durée de vie. Les coûts d’exploitation représenteraient donc douze milliards de dépenses supplémentaires.

En juin 2021, la ministre de la Défense de l’époque, Viola Amherd, annonce que le DDPS souhaitait acheter des F-35. Dans le même temps, les coûts supplémentaires dans les pays qui ont également opté pour le F-35 sont passés au crible par les médias. Les journaux de Tamedia écrivent que l’Australie a dû dépenser 500 millions de francs pour une « base comparable à celle que la Suisse exploite à Payerne », car les États-Unis ont des exigences de sécurité strictes pour rendre un aérodrome compatible avec le F-35. Le DDPS maintient toutefois le plafond de six milliards et affirme que l’acquisition coûtera au total même moins, à savoir 5,07 milliards.

Quelques mois plus tard, en novembre 2021, le DDPS rend public les coûts totaux recalculés — ils s’élèvent désormais bel et bien à six milliards. Mais le calcul des coûts ne tient pas compte de l’acquisition de nouveaux missiles à moyenne portée, d’un montant de 400 millions de francs. La SRF écrit à ce sujet : « Il est fort possible que le F-35 rentrait dans le cadre financier en février 2021, mais qu’il n’y rentre plus vers la fin de la décennie, lorsque les factures arriveront à échéance. »

Le prix fixe ? Quel prix fixe ?

L’été suivant, en 2022, le Contrôle fédéral des finances met publiquement en doute le prix fixe que le DDPS aurait négocié. Son directeur conseille au Conseil fédéral de renégocier le contrat. En septembre 2022, la Commission de gestion du Conseil national constate dans un rapport que les conditions-cadres de la procédure d’évaluation n’étaient « pas appropriées » et n’avaient laissé « aucune marge de manœuvre au Conseil fédéral pour le choix du type d’appareil ». En d’autres termes : les Forces aériennes et l’autorité d’acquisition du DDPS, Armasuisse, ont conçu le processus d’acquisition de telle sorte que seul le F-35 pouvait être pris en considération.

Pendant deux ans, le calme règne autour du F-35. Puis, en juillet 2024, l’Office fédéral de l’armement Armasuisse confirme que les mises à niveau des avions doivent être financées par la Confédération. Les craintes selon lesquelles l’acquisition d’avions non armés dépasserait massivement le plafond budgétaire sont donc confirmées.


En juin 2025, c’est finalement le scénario catastrophe : le Conseil fédéral confirme les surcoûts massifs liés à l’acquisition et, par conséquent, que les États-Unis n’avaient jamais prévu de prix fixe. Les États-Unis annoncent que l’achat pourrait coûter à la Suisse jusqu’à 1,3 milliard de plus que prévu si les 36 appareils espérés devaient être achetés. Lockheed Martin justifie ces coûts supplémentaires par l’inflation, les exigences de sécurité strictes pour les aérodromes et « d’autres facteurs ».

Pour les aérodromes, le Parlement n’avait approuvé qu’un crédit de 120 millions de francs. La Confédération avait proposé cette somme avant même que les exigences ne soient clairement définies, trois ans avant la décision sur le type d’appareil. Il est désormais clair que les travaux de transformation des aérodromes coûteront plus de 200 millions. Et bien sûr, comme tout ce qui touche à l’acquisition des F-35, ces projets sont retardés.

Le F-35 est l’avion de combat le plus bruyant

Maintenant, au printemps 2026, le DDPS présente les mesures de protection contre le bruit autour des aérodromes militaires. En effet, le F-35 est jusqu’à cinq décibels plus bruyant que son prédécesseur au décollage, au roulage et à l’atterrissage. Pour les riverains à proximité de ces aérodromes, cela représente une détérioration flagrante de la qualité de vie : les limites de protection contre le bruit sont déjà dépassées avec l’avion de combat précédent.

De plus, le bruit émis a été mesuré à Payerne. À Meiringen cependant, entourée par les montagnes de l’Oberland bernois, la pollution sonore devrait être nettement plus élevée. Le DDPS souhaite donc vérifier pour 275 bâtiments si des fenêtres insonorisées sont nécessaires. La Confédération indique en outre vouloir réduire le nombre de vols et proposer à la place des simulateurs d’entraînement aux pilotes.

Les communes restent néanmoins mécontentes, comme le montrent divers articles de presse. Emmen, par exemple, exige une compensation financière, car l’attractivité du site s’en trouverait réduite.

Aucune question critique n’a été autorisée

La question centrale, à savoir pourquoi cet achat a pu aboutir malgré toutes les erreurs et les malentendus, n’a pas pu être abordée lors des événements : cela avait déjà été clairement indiqué dans l’invitation adressée aux médias. Le Conseil fédéral a pourtant eu à plusieurs reprises l’occasion de tirer la sonnette d’alarme face au fiasco de l’acquisition du F-35 — cet arrêt, tel que le réclament le PS, les Vert-es et le GSsA, n’a toujours pas eu lieu à ce jour. Au lieu de cela, Martin Pfister affirme que la Confédération achètera simplement moins d’avions que ce qui avait été promis auparavant – pour des « raisons de politique financière ».

eje


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