En 1982, un conseiller national zurichois de l’UDC fonde le groupe de travail sur l’Afrique australe (asa). Sa mission officielle : informer la population suisse sur l’Afrique du Sud et le régime de l’apartheid au moyen de voyages d’étude, d’un service de presse et de conférences. Selon une analyse scientifique, les publications de l’asa se distinguaient à peine de la propagande menée à l’époque par le gouvernement sud-africain raciste. Le « néocolonialisme et le néoracisme » se manifestent dans le langage de l’asa.
Du matériel de guerre pour le régime de l’apartheid
Le conseiller national zurichois et fondateur de l’asa s’appelle Christoph Blocher. Bien que le groupe de travail ait affirmé dans ses bulletins, ou revues de propagande, qu’il était indépendant « à tous égards », Christoph Blocher était déjà à cette époque à la tête de Ems-Chemie, qui a noué dès 1983 des relations commerciales avec le gouvernement de l’apartheid en Afrique du Sud.
Par l’intermédiaire de sa filiale Ems-Patvag, Blocher a contourné les interdictions d’exportation de matériel de guerre et a livré des détonateurs de munitions en Afrique du Sud — malgré les sanctions de l’ONU. C’est ce qu’a démontré l’historien Peter Hug dans le cadre d’un projet de recherche. De plus, Ems-Patvag aurait également formé des techniciens en armement.
Glorification de la suprématie blanche
Pour Blocher, cependant, ces sympathies envers l’Afrique du Sud n’étaient pas uniquement d’ordre économique. Il s’est ainsi exprimé à plusieurs reprises et de manière contestable sur le régime de ségrégation raciale. Dans une interview accordée à la Schweizer Illustrierte en 1989, cet apologiste de l’apartheid déclare : « Il faut tout de même reconnaître que, de tous les États africains, l’Afrique du Sud est celui qui fonctionne le mieux sur les plans économique et social. »
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Lorsqu’il aborde la mort de Nelson Mandela dans sa série vidéo « Teleblocher » en 2013, le doyen de l’UDC affirme : « Il est surestimé dans de nombreux endroits. »
L’ancien conseiller fédéral de l’UDC affirme également que les « Blancs » d’Afrique du Sud se sont battus contre le communisme : si l’Union soviétique avait pris le contrôle de « l’Afrique australe », la Guerre froide se serait terminée en faveur des communistes.
Initiative sur la neutralité : la question qui revient toujours
En 2005, Christoph Blocher a déclaré à propos de l’étude sur l’Afrique du Sud, qui passait au crible les activités de l’asa : « L’apartheid ne nous intéressait pas. » On ne saurait mieux résumer la philosophie du créateur de l’initiative sur la neutralité : l’essentiel, c’est que les caisses se remplissent.
En 2013, Peter Hug s’était déjà exprimé dans la WOZ en disant : « Sous le slogan militant de la neutralité, on a nié que les droits de l’homme puissent également revêtir une importance pour la politique étrangère et la politique économique extérieure de la Suisse. » Le concept de neutralité est aujourd’hui réutilisé par la droite pour l’initiative pro-Poutine : même en cas de violations graves du droit international et des droits de l’homme, la Suisse ne devrait pas adopter de sanctions économiques.
eje
