« direct » : Que savez-vous de la situation actuelle dans la zone sinistrée ?
Lukas Frohofer : Le nombre de victimes ne cesse d’augmenter. Ce phénomène est particulièrement marqué dans cette catastrophe, car ce sont surtout des zones densément peuplées qui sont touchées et de nombreuses personnes sont ensevelies sous les décombres. Il faut donc malheureusement s’attendre à ce que ce chiffre continue d’augmenter. Les grandes équipes de recherche et de sauvetage, y compris celle venue de Suisse, sont désormais reparties, car le délai habituel pour les opérations de sauvetage est écoulé. Après près de deux semaines, les chances de survie sont très faibles. Sur place, c’est désormais surtout la population locale qui recherche ses proches disparu-es — souvent avec une grande frustration à l’égard du gouvernement et de l’armée, qui ont davantage contrôlé les opérations qu’apporté une aide concrète.
« direct » : Comment vont les survivant-es ?
Lukas Frohofer : C’est le nombre de décès qui retient le plus l’attention, mais ce sont surtout les survivant-es qui comptent pour notre travail. Il s’agit désormais de leur offrir un hébergement digne. Vivre sans toit est extrêmement dur, en particulier pour les femmes et les enfants. À cela s’ajoute l’accès à l’eau potable, aux installations sanitaires, aux soins médicaux et à la nourriture. Au début, cela se passe souvent de manière relativement chaotique, car de nombreux acteurs doivent se coordonner. De très nombreuses personnes sont encore pratiquement sans abri, et les hôpitaux sont surchargés. Mais en parallèle, on constate une grande solidarité mutuelle au sein de la population.
« Ce sont surtout les survivant-es qui comptent pour notre travail. Il s’agit désormais de leur offrir un hébergement digne. Vivre sans toit est extrêmement dur, en particulier pour les femmes et les enfants »
« direct » : Le Venezuela est en proie depuis des années à une crise politique et économique. Quel est l’impact de cette situation sur l’aide humanitaire ?
Lukas Frohofer : L’aide humanitaire respecte les principes humanitaires et parvient aux personnes exclusivement en fonction de leur détresse, indépendamment de toute considération politique. Or, en raison de décennies de mauvaise gestion et des sanctions américaines, le Venezuela est un pays extrêmement pauvre, et sa population ne dispose pratiquement d’aucune réserve. De plus, le gouvernement se concentre davantage sur le contrôle que sur une aide concrète. Heureusement, une aide internationale a commencé à parvenir sur place, notamment depuis la Suisse — mais cela est loin d’être suffisant au regard des besoins à long terme.
« direct » : Qu’est-ce que cela signifie pour l’avenir ?
Lukas Frohofer : La reconstruction à long terme sera déterminante : qu’adviendra-t-il des personnes qui ont perdu leur maison, leurs biens, leurs documents, etc. ? La générosité des donateur-trices est actuellement forte, ce qui facilite grandement l’aide d’urgence immédiate. Mais la reconstruction nécessite une action de bien plus longue haleine, et c’est précisément là que le bât blesse le plus souvent : dès qu’un événement n’est plus présent dans les médias, les dons diminuent sensiblement. Le rôle du gouvernement vénézuélien lui-même ainsi qu’une coopération internationale à long terme — qui souffre toutefois d’un sous-financement chronique — n’en deviennent que plus importants.
« Comme la reconstruction prend des années, voire des décennies, la coopération internationale revêt une importance capitale. Dans ce contexte, les coupes budgétaires actuelles sont très contre-productives : la population en pâtit d’autant plus »
« direct » : Solidar collabore sur place avec l’Arbeiter-Samariter-Bund (ASB). Quel rôle joue cette organisation ?
Lukas Frohofer : L’ASB fait partie de notre réseau international et est active depuis longtemps au Venezuela, où elle se concentre sur les personnes en situation de handicap. Ce sont justement elles qui sont particulièrement vulnérables en période de crise. Un exemple : au début, l’eau est souvent distribuée via des points de collecte centraux, difficilement accessibles aux personnes à mobilité réduite. En collaboration avec l’ASB et l’organisation locale FUNVAPE, nous mettons donc en place des systèmes de filtration d’eau et assurons un accès à l’eau et aux toilettes pour ces personnes.
« direct » : Actuellement, les budgets consacrés à la coopération internationale sont réduits partout dans le monde. Quelle influence cela a-t-il sur le Venezuela ?
Lukas Frohofer : Comme je l’ai déjà dit, l’intérêt médiatique — et donc la générosité des donateur-trices — est énorme au début, mais diminue inévitablement. Et comme la reconstruction prend des années, voire des décennies, la coopération internationale revêt une importance capitale. Dans ce contexte, les coupes budgétaires actuelles sont très contre-productives : la population en pâtit d’autant plus. Pour nous, il est toujours essentiel d’être sur place le plus tôt possible, mais aussi d’y rester aussi longtemps que nécessaire pour obtenir un impact durable.
Solidar Suisse est une organisation humanitaire suisse qui œuvre dans le monde entier en faveur des droits du travail, de la démocratie et de l’aide humanitaire dans les zones de crise et de catastrophe. Au Venezuela, l’organisation fait partie du réseau international Solidar et travaille en étroite collaboration avec des organisations partenaires locales, notamment l’Arbeiter-Samariter-Bund (ASB) et FUNVAPE.
Suite aux tremblements de terre dévastateurs du 24 juin, Solidar Suisse, en collaboration avec ses partenaires, vient en aide aux personnes particulièrement vulnérables sur place : en leur garantissant l’accès à l’eau potable, à des installations sanitaires et en apportant une aide ciblée aux personnes en situation de handicap, qui sont particulièrement touchées par la catastrophe. Pour cela, Solidar Suisse dépend de dons.
jsc
