Les deux Chambres du Parlement ont corrigé une décision désastreuse : le Conseil fédéral et la commission des finances du Conseil national voulaient supprimer les contributions fédérales destinées à la formation des professionnel-les de l’aide aux victimes. Le paquet de démantèlement 2027 prévoyait une réduction des fonds annuels à hauteur de 300 000 francs. La ministre des finances, Karin Keller-Sutter, souhaitait ainsi mettre fin à ce financement.
Les cantons auraient par la suite dû prendre en charge l’intégralité des coûts de formation. Pourtant, il s’agit d’un domaine qui aura besoin de plus de moyens. En effet, la demande pour un personnel spécialisé et bien formé continuera d’augmenter et ce, notamment en raison du lancement en mai prochain de la hotline nationale pour les personnes victimes de violence.
Un financement sur la corde raide
La Confédération continuera donc de participer financièrement à la formation des conseillères et conseillers en aide aux victimes. Toutefois, ce montant reste négligeable par rapport au budget de la Confédération, qui est de 90 milliards de francs.
Qui plus est, le Conseil des États a modifié la base légale de ce financement. Les 300 000 francs destinés aux professionnel-les de l’aide aux victimes seront une « dépense non liée ». En d’autres termes, il faudra désormais renégocier ce montant chaque année. La Chambre haute ne souhaite ainsi pas garantir ce financement de manière pérenne.
De nombreuses lacunes dans la protection contre la violence
Le débat parlementaire sur ce financement a eu lieu quelques mois seulement après la plus grande pétition de l’histoire de la Suisse : en décembre 2025, plus de 500 000 personnes se sont mobilisées avec succès pour que le Parlement alloue des fonds à la lutte contre la violence sexiste et sexuelle.
La Suisse a ratifié la Convention d’Istanbul en 2017. Il s’agit d’un accord international visant à prévenir et à combattre la violence faite aux femmes et la violence domestique. La Suisse s’est ainsi engagée à renforcer ses mesures de prévention et à mieux protéger et soutenir les personnes concernées.
Dans un rapport, le « Réseau Convention d’Istanbul » montre toutefois clairement que la Suisse ne respecte toujours pas ses engagements. Les structures et les offres existantes atteignent leurs limites dans de nombreux endroits, que ce soit en termes d’espace, de personnel ou de financement. De nombreux cantons ne fournissent pas les moyens nécessaires pour répondre aux besoins des personnes concernées ou prendre des mesures de prévention. Trop de maisons d’accueil sont surchargées, les centres d’aide aux victimes manquent cruellement de personnel et d’argent.
Les Femmes socialistes et le PS Suisse lancent une initiative
Aujourd’hui, le soutien dont bénéficient les victimes de violence dépend souvent de leur lieu de résidence, car la situation varie considérablement d’un canton à l’autre. Or, toutes les victimes doivent avoir droit à une aide rapide, professionnelle et facilement accessible, quel que soit leur lieu de résidence. Pour respecter les obligations de la Convention d’Istanbul et garantir des normes de qualité uniformes dans toute la Suisse, il faut toutefois des moyens financiers bien supérieurs à ceux que la Confédération met actuellement à disposition.
En réaction à ces lacunes, à la recrudescence de la violence à l’égard des femmes et au nombre élevé de féminicides, les Femmes socialistes et le PS Suisse ont annoncé le lancement d’une initiative. Celle-ci vise à inscrire dans la Constitution un financement national obligatoire pour la prévention, les offres de protection et le soutien aux victimes de violence. L’objectif est de garantir le financement à long terme et de réduire les différences entre les cantons. Le PS fait valoir que la protection contre la violence est une tâche fondamentale de l’État et ne doit pas dépendre de mesures de réduction à court terme.
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