La richesse disproportionnée menace la démocratie

Douze milliardaires possèdent plus de richesses que la moitié de la population mondiale, selon le dernier rapport d’Oxfam. En Suisse également, les inégalités de richesse ont continué de s’accentuer. La conséquence : leur influence sur les médias et la politique ne cesse de s’accroître, ce qui constitue un défi pour la démocratie.

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Les chiffres deviennent chaque année plus extrêmes : depuis l’élection de Donald Trump en 2024, la fortune des milliardaires a augmenté trois fois plus vite que la moyenne des cinq dernières années. L’augmentation de l’année dernière s’élève à 2 500 milliards de dollars. Aujourd’hui, la richesse totale atteint un montant record de 18 300 milliards de dollars américains. C’est le même montant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, environ quatre milliards de personnes, possède.

Graphique : Direct

Selon le rapport sur les inégalités d’Oxfam, ce sont les milliardaires américain-es qui ont enregistré la plus forte augmentation de leur fortune. Cependant, les mesures de déréglementation et le contournement des accords visant à augmenter les impôts sur les sociétés ont également profité aux personnes très riches dans d’autres parties du monde.

Le démantèlement de la démocratie

Celles et ceux qui possèdent autant d’argent que les Elon Musk et Jeff Bezos de ce monde peuvent non seulement se permettre de mener la grande vie, mais leur pouvoir politique et leur influence augmentent également à mesure que leurs ressources s’accroissent. Ainsi, les milliardaires sont 4000 fois plus susceptibles d’occuper une fonction politique que les personnes qui ne disposent pas d’une telle réserve financière. De nombreuses personnes extrêmement riches influencent également l’opinion publique par le biais de leurs canaux médiatiques, comme Mark Zuckerberg via Meta et Elon Musk via X.

Afin de rester au pouvoir, les principes démocratiques sont progressivement sapés. La séparation des pouvoirs est supprimée, les droits fondamentaux tels que le droit de manifester sont restreints, les campagnes électorales sont influencées par des sommes d’argent colossales et des tendances autoritaires sont de plus en plus fréquentes.

La faim reste un problème

Parallèlement à l’accumulation de richesses, environ 2,3 milliards de personnes dans le monde souffrent encore de la faim. Selon le rapport, ils et elles sont touchées par une insécurité alimentaire modérée à grave. Cela représente une augmentation de plus de 42 % par rapport à 2015. En outre, près de la moitié de la population mondiale doit vivre avec moins de 8,30 dollars américains par jour.

Pourtant, cela ne devrait pas être le cas, comme le montre un rapport d’expert-es récemment publié sous la direction de Joseph E. Stiglitz, lauréat du prix Nobel d’économie. Ce rapport préconise une réforme du système fiscal mondial avec une imposition minimale efficace des entreprises et des plus riches. Le message est clair : les inégalités extrêmes ne sont pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques — et peuvent donc être modifiées.

De grandes disparités de richesse en Suisse

En Suisse aussi, les disparités de richesse sont très importantes, comme l’a indiqué Solidar Suisse dans le cadre du rapport Oxfam sur les inégalités en Suisse. Le 1 % le plus riche possède environ 31 % de la richesse ; les 50 % les plus pauvres n’en détiennent qu’à peine 4 %.

Les 41 milliardaires disposent d’une fortune totale d’environ 197 milliards de francs. Leur fortune aura ainsi augmenté de 14,6 milliards d’ici 2025. En Suisse également, des personnes extrêmement riches siègent ou ont siégé au Parlement, comme Peter Spuhler, Walter Frey, Magdalena Martullo-Blocher (tous-tes UDC). Avec Christoph Blocher, un milliardaire a même siégé au Conseil fédéral.

L’ascension de l’UDC depuis les années 1990 est en partie due aux importantes ressources financières de quelques milliardaires. Le pouvoir qu’ils exercent est encore visible aujourd’hui : Christoph Blocher contrôle ainsi 24 journaux gratuits et influence le discours politique. Walter Frey et Peter Spuhler représentent les donateurs les plus importants pour le parti.

Le financement des campagnes du PLR, de l’UDC et autres partis montre également l’influence des groupes multimilliardaires et de leurs associations. Alors que les campagnes de partis tels que le PS sont principalement financées par de petits dons et par leurs membres, des associations telles qu’Economiesuisse ou la méga-banque UBS dépensent des sommes considérables pour influencer les votes sur des questions fiscales et économiques.


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