L’information en Suisse romande est menacée par l’initiative anti-SSR

La droite relance son offensive contre les médias publics avec l’initiative anti-SSR. En comparaison avec la Suisse alémanique, la partie romande du pays en subirait ses effets de plein fouet : l’affaiblissement de l’information locale et donc la concentration des médias.

Gros plan sur une journaliste en tenue professionnelle (blazer bleu marine et chemisier blanc) : dans sa main gauche, elle tient un micro noir marqué « RTS » et un petit calepin à spirales, dans sa main droite, un smartphone à coque bleue. L’arrière-plan, flou, suggère un environnement intérieur animé.
Image: keystone/Alessandro della Valle

L’initiative anti-SSR, lancée par la droite, vise à réduire la redevance pour la SSR de 335 à 200 francs par ménage. Elle sera soumise au vote le 8 mars.

La SSR a déjà communiqué ce que signifierait cette réduction pour le service public médiatique : plus de licenciements, moins de contenu et, surtout, moins de journalisme dans les régions non urbaines et non-Alémaniques.

Un coup dur pour l’information locale en Romandie

La Suisse romande dépend fortement de la SSR pour la production d’information de qualité. Actuellement, une grande partie de la redevance est redistribuée dans les régions franco- et italophones ainsi que dans la partie romanche grisonne. Sans cet argent, la RTS et la RSI seraient contraints de supprimer des reportages ou des journaux télévisés régionaux.

Pour les grands groupes médiatiques, produire de l’information pour une minorité linguistique n’est pas rentable. En effet, on observe une disparition des médias en Suisse romande et au Tessin. Ce sont de plus en plus les rédactions alémaniques qui produisent des articles qui sont ensuite traduits pour le public francophone. Par conséquent, l’information locale qui n’intéresse pas au-delà de la Sarine devient rare.

Sans la SSR, tous les médias perdent

Si les initiant-es rêvent d’un paysage médiatique plus « compétitif » grâce à leur projet de loi, l’inverse serait le cas. En Romandie, un quasi-monopole médiatique est en train de se mettre en place : le groupe zurichois « TX Group » possède déjà la vaste majorité des titres. La mise au placardprogressive du service public aggraverait cette concentration médiatique, au détriment du pluralisme.

Pourtant, cette pluralité est vitale pour le débat démocratique et la cohésion nationale. Afin de se former une opinion sur un objet de votation, par exemple, l’accès à divers points de vue est important. Ici également, les effets d’une votation sur des régions spécifiques, comme c’était le cas par exemple avec le référendum sur les autoroutes, peuvent faire basculer l’opinion des électeur-trices.

Le contrôle des oligarques

En général, le débat démocratique souffrirait d’un affaiblissement de la SSR. Il s’agit d’une tendance internationale. Après le démantèlement des services publics, les oligarques s’empressent de combler le vide médiatique en reprenant le contrôle de rédactions.

En France, le milliardaire Vincent Bolloré possède de nombreux titres qui servent d’instrument de propagande pour l’extrême droite. En Suisse aussi, Christophe Blocher rachète des titres distribués gratuitement pour façonner l’opinion. Face à cela, les médias publics représentent un barrage contre la désinformation et les discours de haine, qui divisent et apeurent.


LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici