Le fonds climat, késako ? Réponses de Roger Nordmann

Dans sa nouvelle chronique, Oriane Sarrasin discute de l’initiative pour un fonds climat avec un de ses créateurs : Roger Nordmann, ancien conseiller national socialiste.

Cette image montre deux portraits circulaires superposés devant une vue panoramique d’un barrage et d’un lac de montagne. À gauche, Roger Nordmann, un homme souriant porte une veste sombre et une chemise claire. À droite, Oriane Sarrasin, une femme souriante, vêtue d’une veste noire et d’un haut bleu, porte des lunettes. En arrière-plan, on distingue un grand barrage en béton ainsi qu’un lac entouré de montagnes escarpées, sous un ciel dégagé.
Images : mises à disposition/AFP/keystone/Fabrice Coffrini Montage : direct

La Suisse neutre en carbone en 2050, encore possible ? Non, selon Roger Nordmann : « au rythme actuel, on est loin d’atteindre la neutralité climatique en 2050 », l’objectif que la Suisse s’est fixé dans la Loi sur le climat adoptée en 2023.

En effet, pour être sur la « bonne » courbe de réduction, il faudrait réduire les émissions d’ici à 2030 autant que ce qu’elles ont baissé entre 1990 et 2022. De plus, comme le relève Climate Action Tracker, qui documente si les efforts des pays sont compatibles avec les objectifs climatiques qu’ils se fixent, en Suisse il y a un manque de transparence sur la réduction de CO2 effectuée au niveau national et vis-à-vis des crédits carbone à l’étranger.

Ces mêmes crédits (800 millions de francs par année) qu’Albert Rösti évoque pour justifier que la Suisse en fait assez pour le climat. Roger Nordmann, lui, affirme que ces crédits servent à « éviter de faire le travail en Suisse. Selon cette logique, pour atteindre 0 émission nette au niveau mondial en continuant à émettre du CO2 en Suisse, il faudrait que le total des émissions du Bangladesh soit négatif ! De plus, il est toujours moins cher globalement d’éviter des émissions que de fabriquer des émotions négatives ».

Investir pour le climat

Assurer un financement équitable et mobiliser des fonds privés semble donc nécessaire pour accélérer la transition. Comme Roger Nordmann le détaille dans son livre Urgence énergie et climat (paru en 2023), le degré nécessaire de soutien public aux investissements dépend beaucoup du domaine. Il cite comme exemples « l’achat d’une voiture électrique, pour lequel il n’y a pas besoin d’aide ; alors que pour les bornes de recharge, il en faut un peu. Pour que l’agriculture soit climatiquement neutre, il (des aides, ndlr.) en faut beaucoup ».

L’initiative pour un fonds climat, « conçue et portée par le Parti socialiste et qui mise sur la construction durable », Roger Nordmann la voit comme « extrêmement suisse ». Selon lui, c’est dans l’ADN de notre pays d’investir dans de grands projets, qu’ils soient sociaux ou d’infrastructures, comme « les écoles polytechniques fédérales, l’AVS ou les grands barrages par exemple ».

Une initiative financièrement soutenable

Le Conseil fédéral estime que l’initiative mettrait à mal les finances fédérales. Roger Nordmann répond qu’elles se portent à merveille. Celles et ceux qui affirment le contraire le font pour pouvoir justifier des mesures de démantèlement. En se classant dans le top 5 des économies mondiales (rapporté à la population), la Suisse affiche en effet des «  résultats enviables » en matière de santé financière et économique, pour reprendre les mots qu’un de nos voisins utilise pour décrire notre pays.

Concernant le financement du fonds, Roger Nordmann ajoute qu’il « peut se faire par l’endettement, en dehors des dépenses ordinaires. Selon la disposition transitoire, on n’en tient pas compte d’un plafond de dépenses à même de déclencher le frein à l’endettement ». Il rappelle que la dette « est absorbée par la croissance économique, et suivant les cas par l’inflation. En plus, aujourd’hui, les taux d’intérêt sont extrêmement bas. »

Quel soutien populaire ?

En novembre dernier, le peuple suisse a massivement rejeté l’initiative « pour l’avenir », qui proposait de taxer à 50 % les héritages de plus de 50 millions de francs pour financer la transition écologique. Pourquoi l’initiative pour un fonds climat aurait-elle plus de succès ? « Car elle ne mélange pas les sujets de la fiscalité et de la protection du climat. De plus, elle prévoit une double coopération avec le secteur privé . D’une part, les projets concrets seront cofinancés par le fonds et les propriétaires (par exemple, immobiliers). D’autre part, les investisseurs privés et les caisses de pension pourront acheter des obligations de la Confédération destinées à cet effet. Ils en sont friands. N’oublions pas qu’actuellement la Suisse génère un surplus d’épargne, qui est investi à l’étranger. Autant qu’elle soit investie chez nous ! ». En quelques mots, une initiative réaliste et pragmatique.

Texte entièrement généré sans intelligence artificielle. 

Oriane Sarrasin est enseignante et chercheuse en psychologie sociale. Ses recherches portent sur les aspects psychologiques sous-tendant l’(in)action climatique, et la manière dont les individus peuvent être persuadés d’agir davantage. Elle est également députée (PS) au Grand Conseil vaudois.

Cette chronique est une « carte blanche » et reflète l’opinion de son autrice.


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