En février 2022, le régime de Poutine envahit l’Ukraine, en violation du droit international. C’est un tournant : la guerre redevient une réalité en Europe. En réaction, l’UE impose des sanctions à la Russie, notamment une interdiction des livraisons d’armes et le gel des avoirs des oligarques russes. La Suisse, principale place de négoce des matières premières russes, adopte ces sanctions peu après. Il s’agit d’une mesure importante, destinée à empêcher que la guerre ne soit cofinancée par la place financière suisse.
À peine deux semaines plus tard, Christoph Blocher, figure de proue de l’UDC, annonce l’initiative sur la neutralité. Son objectif principal est d’empêcher toute sanction suisse contre le régime de Poutine à l’avenir. Les sanctions ne seraient autorisées que si elles étaient décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU. Or, la Russie y dispose d’un droit de veto. La conséquence est évidente : si cette initiative était adoptée, aucune nouvelle sanction ne serait possible et les sanctions existantes devraient même être levées.
Une place commerciale suisse entretenant des liens étroits avec Poutine
La Suisse était considérée comme l’une des places commerciales les plus importantes pour le régime de Poutine. Selon les chiffres de l’ambassade de Suisse à Moscou, avant le début de la guerre, environ 80 % du commerce russe des matières premières transitait par les places financières suisses de Zoug, Genève et Lugano.
Un exemple illustre à quel point ces liens étaient étroits : à Genève, le groupe pétrolier russe Rosneft disposait d’une importante filiale commerciale. Rosneft est le plus grand contribuable de Russie, et son patron, Igor Setchine, est considéré comme l’un des plus proches confidents de Vladimir Poutine. Pour le Trésor public suisse également, il s’agissait d’une activité lucrative.
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Les sanctions de 2022 ont restreint ces activités : depuis lors, les banques et les compagnies d’assurance suisses ne sont plus autorisées à financer des transactions liées au pétrole russe.
Plus de profits sous le couvert de la neutralité
La Suisse reste néanmoins vulnérable aux flux financiers opaques, comme le dénoncent depuis longtemps les expert-es. Drew Sullivan, fondateur de l’Organization for Criminal Justice Reform (OCCRP), a qualifié la Suisse de « prestataire de services pour les criminels ». Les banques, les fiduciaires et les avocats aideraient ainsi à dissimuler de l’argent sale — un système qui contourne les sanctions et assure de bons revenus à tous ceux qui en tirent profit.
Avec l’initiative sur la neutralité, de telles transactions devraient à l’avenir pouvoir à nouveau être menées au grand jour et sans restriction — sous le couvert de la neutralité. Que ce soit précisément Christoph Blocher qui ait lancé cette initiative n’est guère surprenant. Pendant le régime de l’apartheid en Afrique du Sud, il s’était déjà opposé avec véhémence aux sanctions internationales — là encore, il s’agissait pour lui de préserver ses propres intérêts commerciaux dans ce pays.
Ce que l’initiative signifierait pour la Suisse
Si l’initiative était adoptée, la Suisse perdrait toute marge de manœuvre autonome en cas de conflits futurs. Les sanctions contre des régimes belligérants ou autoritaires ne seraient plus possibles que si le Conseil de sécurité de l’ONU parvenait à un accord — ce qui, compte tenu du droit de veto de la Russie et de la Chine, est exclu dans la plupart des cas de crise. La Suisse deviendrait ainsi le seul pays d’Europe à accorder à nouveau aux oligarques, aux profiteurs de guerre et aux régimes autoritaires un accès illimité à sa place financière.
Le 27 septembre, les électeur-trices décideront si cette marge de manœuvre sera rétablie — ou définitivement supprimée.
