Accueil Votations « L’initiative nous dit que nous sommes un problème qu’il faut limiter »

« L’initiative nous dit que nous sommes un problème qu’il faut limiter »

Une étudiante, une soignante et une directrice d’ONG : trois femmes ont partagé leur point de vue sur la votation et le débat qui entoure l’initiative de l’UDC avec « direct ».

Montage photo présentant les portraits de deux femmes souriantes devant un panorama de montagne alpine. À gauche, une femme portant des boucles d'oreilles dorées et une chemise blanche. À droite, une femme vêtue d'une tenue florale rose avec un foulard. En arrière-plan, un paysage de montagne avec des sommets enneigés, des forêts de conifères et des alpages verts sous un ciel bleu.
Annick Kosel et Michaela Sparr (de gauche à droite). Images : mises à disposition/Unsplash

L’initiative de l’UDC vise chaque personne issue de l’immigration qui vit en Suisse. Comment est-ce qu’elles vivent le débat et la votation ? Nous avons posé la question à trois femmes.

Annick Kosel, directrice d’Arciim (Association romande contribuant à l’insertion et à l’intégration des migrants)

« En tant que Suissesse issue de la migration, d’origine burundaise, il y a beaucoup de points qui me font soucis par rapport à cette votation », raconte Annick Kosel. « Premièrement, elle accentue les inégalités entre les pays tiers et les pays de l’UE et de l’AELE, et donc aussi les inégalités entre les migrant-es issu-es de ces pays. Bien sûr, ces inégalités existent déjà — nous l’avons remarqué quand la Russie a attaqué l’Ukraine. »

Annick Kosel remarque aussi que les migrant-es perdent en confiance envers le système et la société suisse : « Je crains pour la cohésion sociale. Cette initiative nourrit un sentiment de méfiance les uns envers les autres. Elle envoie un signal négatif aux personnes migrantes qui habitent ici. »

Les européen-nes sont également touché-es par ce signal, ajoute-t-elle. « Ça signifierait un retour en arrière, au statut de saisonniers, aux enfants caché-es dans les placards », explique-t-elle. Les citoyen-nes de l’UE vivant en Suisse risqueraient de perdre leurs droits.

« Et, finalement, je suis persuadée que l’acceptation de cette initiative nous isolerait et nous désolidariserait de nos voisins », avertit Annick Kosel. « Quand on regarde ce qui se passe en outre-Atlantique, la conclusion devrait plutôt être que nous devons nous rapprocher de l’Europe, pas nous en éloigner. »

Tiziana Simpson, étudiante et commissaire d’exposition

« J’ai grandi dans une famille de migrant-es et j’ai très tôt pris conscience de la précarité d’une vie qui dépend des autorisations, des formulaires et des humeurs politiques du moment », raconte Tiziana Simpson. Aujourd’hui, elle étudie à Berne. La jeune femme travaille également comme commissaire d’exposition : « Inspirée par les penseuses noires et les luttes féministes, je crée des espaces où les personnes issues de l’immigration, en particulier, peuvent se montrer et s’exprimer ensemble de manière visible et forte. »

Selon Tiziana Simpson, l’initiative des « 10 millions » touche précisément ces personnes. « L’initiative nous dit que nous sommes un problème qu’il faut limiter. » Pour elle, cependant, une chose est claire : « Les crises ne sont pas causées par la migration, mais par des rapports de force inégaux, le racisme et une politique qui fait passer le profit avant la vie. »

Tiziana Simpson souligne : « C’est pourquoi je m’engage dans la lutte féministe et antiraciste – pour une Suisse où nous pouvons nous déplacer, aimer et travailler librement, sans devoir constamment défendre notre droit d’exister. »

Michaela Sparr, soignante

« Ma meilleure amie, qui vivait déjà en Suisse depuis plusieurs années, m’a offert en 2012 un billet aller simple pour venir ici », raconte Michaela Sparr. À peine arrivée en Suisse, Michaela Sparr a trouvé un emploi dans la restauration et a décidé de rester. Elle a travaillé pendant dix ans comme serveuse et en cuisine dans un restaurant avant de rejoindre, pendant la pandémie, une maison de retraite à Ittigen, près de Berne. « C’est justement dans le secteur des soins et de la restauration que travaillent de très nombreuses personnes sans passeport suisse », explique Michaela Sparr.

Michaela Sparr vit désormais depuis quelques années à Münsingen, avec son compagnon allemand et leur fils de sept ans. Elle envisage avec inquiétude le vote sur l’initiative de l’UDC le 14 juin. Elle se demande : « Que va-t-il nous arriver si l’initiative est acceptée ? » Et : « Devrons-nous alors quitter la Suisse ? » Son fils est né ici et n’a jamais vécu ailleurs.

En réalité, la famille aimerait bien se faire naturaliser, « mais cela coûte très cher ». De plus, les règles varient d’un canton à l’autre, voire d’une commune à l’autre. La famille vit à Münsingen depuis cinq ans maintenant — assez longtemps donc pour déposer la demande. « Mais on nous dit aussi qu’il faut s’engager dans la commune. Or, nous n’avons tout simplement pas le temps pour ça. »

Elle travaille à 80 %, son partenaire à temps plein. À cela s’ajoute la garde des enfants. Les grands-parents, qui sont d’un grand secours pour de nombreuses familles en Suisse, vivent tous en Allemagne.

Michaela Sparr s’inquiète également pour ses collègues ou ses voisin-es sans passeport suisse : « Je pense que beaucoup ne comprennent pas exactement, ne serait-ce que sur le plan linguistique, de quoi il s’agit dans cette initiative. » Ce sont souvent justement ces personnes qui occupent ici des emplois que personne d’autre ne veut faire.

jsc, eje


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