Les sondages le montrent : le vote sur l’initiative de l’UDC s’annonce serré. À quelques semaines du scrutin, un sujet que l’UDC s’est efforcée d’éviter à tout prix revient soudainement sur le devant de la scène : un oui entraînera-t-il un relèvement de l’âge de la retraite ?
En effet, un déficit de financement de la prévoyance vieillesse menace si le nombre de retraité-es passe à 2,7 millions d’ici 2055, mais que l’immigration est limitée. Le taux de natalité est à un niveau historiquement bas. En bref : sans immigration, la Suisse ne pourra pas financer suffisamment les rentes des futurs retraité-es.
Une déclaration explosive
C’était lors d’une séance à huis clos il y a environ un an. La Commission des institutions politiques du Conseil national examinait alors l’initiative de l’UDC. La question cruciale qui se posait était la suivante : comment la Suisse pourrait-elle encore trouver suffisamment de main-d’œuvre — et financer l’AVS — sans une immigration plus forte ?
Domenik Ledergerber, président de l’UDC du canton de Zurich et membre du comité d’initiative, avait une réponse claire toute prête : « Nous pourrions aussi augmenter l’âge de la retraite. » Une phrase qui fait désormais des vagues.
Début mai, Blick en a fait état et a interrogé le politicien à ce sujet. Ce dernier n’est pas revenu sur ses propos : « Travailler plus longtemps est un scénario réaliste », souligne-t-il. « Nous devons être honnêtes : si la population vieillit de plus en plus, il faudra augmenter l’âge de la retraite d’un à deux ans. » Il s’agit toutefois, selon lui, d’une nécessité sociale — indépendamment de l’initiative.
La Suisse vieillit
Ce n’est pas un hasard si ce sujet fait tant de bruit. En particulier si l’initiative de l’UDC devait rencontrer le succès dans les urnes, la composition de la population serait fortement déséquilibrée.
Actuellement, la génération des baby-boomers part massivement à la retraite. Selon les prévisions actuelles, le nombre de retraité-es passera de près de 1,8 million aujourd’hui à près de 2,7 millions d’ici 2055. Dans le même temps, le taux de natalité, à 1,29 enfant par femme, se situe à un niveau historiquement bas.
Conséquence : alors qu’il y a aujourd’hui trois actif-ves pour chaque bénéficiaire de l’AVS, il n’y en aura plus que deux à l’avenir. Un rapport qui met le système de prévoyance vieillesse sous une pression énorme.
Les opposant-es à l’initiative mettent en garde
Le conseiller fédéral socialiste Beat Jans avait déjà clairement mis le doigt sur ce point lors de ladite séance de la commission. Et il a ajouté : « En plus de la main-d’œuvre nationale, la Suisse continuera à l’avenir — et probablement encore plus qu’aujourd’hui — à dépendre de la main-d’œuvre et des travailleur-euses qualifié-es étranger-ères pour faire fonctionner l’économie, le système de santé et la société dans son ensemble. »
Pour les opposant-es à l’initiative, les déclarations de Ledergerber mettent en lumière un dilemme jusqu’ici peu abordé. Le président de Travail.Suisse, Adrian Wüthrich, déclare à Blick : « Cette déclaration démasque l’UDC : en l’absence de main-d’œuvre étrangère et de cotisant-es, la pression en faveur d’un relèvement de l’âge de la retraite s’accentue. » Sa conclusion est sans équivoque : un oui à l’initiative conduirait « directement à un âge de la retraite de 67 ans ou plus ».
Pour Adrian Wüthrich, cette déclaration révèle un problème fondamental. L’UDC montre ainsi qu’elle se soucie très peu des intérêts des travailleur-euses. « Avec son initiative, l’UDC veut non seulement supprimer la protection des salaires, mais aussi nous obliger toutes et tous à travailler plus longtemps. »
À cela s’ajoute le fait que, pour de nombreux travailleurs et travailleuses du bâtiment, des soins ou du commerce de détail, travailler plus longtemps est tout simplement mauvais pour la santé. Or, l’expérience montre que ce sont précisément ces personnes qui ne peuvent pas prendre leur retraite anticipée, tandis que les employé-es des classes salariales supérieures n’auraient pas à se laisser décourager par un relèvement de l’âge de la retraite. Ce serait une injustice flagrante.
L’UDC croit à la cigogne
Le contraste au sein même de l’UDC est intéressant. Le président du parti, Marcel Dettling, est resté jusqu’à présent discret sur ce sujet en public. Le débat sur l’âge de la retraite doit s’inscrire dans le cadre d’une future réforme de l’AVS, dit-il. Et il ajoute prudemment : « Un modèle de durée de vie active serait également envisageable. »
Domenik Ledergerber, en revanche, va de l’avant et défend sa ligne : les femmes doivent tout simplement avoir plus d’enfants ! Une immigration moindre pourrait même contribuer à faire remonter le taux de natalité — car le logement deviendrait moins cher et la pression sur le marché immobilier diminuerait. Mais l’immigration et la hausse des loyers n’ont pratiquement rien à voir l’une avec l’autre, comme l’Association suisse des locataires le souligne depuis des années.
Et le Zurichois occulte également le fait que les salaires et les conditions de travail se détériorent, ce qui n’aide pas vraiment à la planification familiale.
